Félix Guattari

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L’hétérogenèse dans la création musicale

(Georges Aperghis, Récitations n°11, tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Cet article est un extrait d’une conversation entre Félix Guattari, Georges Aperghis et Antoine Gindt, réalisée le 22 décembre 1991 pour l’ATEM (Atelier théâtre et musique), au Théâtre des Amandiers de Nanterre. © Bruno, Emmanuelle, Stephen Guattari, Fonds IMEC.

"L’appréhension du monde, ce que j’appelle la constitution d’un Territoire existentiel, correspond dans la polyphonie existentielle à une sorte de basse continue, c’est-à-dire une base chaosmique sur laquelle vont, comme dans un motet, se construire les différentes lignes. Autrement dit, le déploiement d’un univers musical est, pour moi, toujours doublé d’une appréhension chaosmique qui constitue un territoire existentiel auquel l’auditeur viendra s’agglomérer d’une manière pathique, c’est-à-dire indépendamment du fait qu’il a un rapport cognitif à la musique, une mémoire, une connaissance. Il y a un phénomène de fusion chaosmique par rapport auquel, non seulement les formes, mais aussi le rapport de l’un à l’autre, le rapport d’altérité se dissolvent.

Aperghis a certainement acquis la liberté de se placer sur le fil de l’acrobate, de risquer la chute. Mais à la différence de certains autres, il sait que quand l’acrobate tombe, il ne tombe pas dans le vide, il tombe sur d’autres fils, auquel cas il peut sauter, d’autant plus ! Le danger, on peut le négocier, on peut jouer avec, le mettre en horizon, en faire un point de ligne de fuite.

Il est toujours là, il réémerge sans cesse, à toute occasion, à chaque fois que sont introduits des éléments d’irruption, non pas pour créer des points de rupture avec la chaîne de complexité formelle, mais pour amener d’autres matières d’expression."

(Suite dans la revue papier)

Le sujet, la coupure, l’histoire

F. Guattari, exposé présenté le 18 mai 1966, inédit, établi par François Fourquet pour cette édition ; © Bruno, Emmanuelle, Stephen Guattari, Fonds IMEC.


"Ce texte de Félix Guattari est un document précieux. Pour la première fois, devant un petit groupe invité par lui en 1966 1, Félix (nous l’appelions tous Félix bien que son prénom officiel fût Pierre) exprime une intuition fulgurante : l’histoire n’est pas le développement des structures (politiques, économiques, sociales), mais au contraire la rupture de ce développement, la « rupture de la causalité » historique ordinaire.

Cette rupture, il la nomme « coupure subjective ». Il la conçoit à l’image du « sujet de l’inconscient » qui existe dans l’hôpital psychiatrique, résonne avec les grands événements historiques et peut déjouer ou bouleverser le pouvoir officiel de l’hôpital, comme il l’explique dans « La transversalité », un article publié en 19642. Dans l’exposé ci-dessous, on discerne à l’état brut, élémentaire, le noyau primitif d’une théorie de la coupure qui sera ensuite développée dans un texte intitulé « La causalité, la subjectivité et l’histoire ». Disciple de Lacan à l’époque, il est aussi militant politique de formation trotskyste et s’intéresse de très près à l’évolution du monde et aux phénomènes révolutionnaires ; il croit encore, comme nous tous, que la révolution socialiste est à venir. Il prend appui sur une parole improbable de Lacan sur « l’histoire » considérée comme « à  contretemps du développement » et qu’il a entendue dans un séminaire. Il synthétise ce rapprochement entre psychanalyse et histoire par le concept de coupure subjective et historique qui opère à la fois à l’échelle de l’individu et à l’échelle de la société.

Certes, Freud avait déjà compris cette correspondance intime entre inconscient individuel et l’inconscient social et historique : en témoignent Totem et Tabou, Psychanalyse collective et analyse du moi, ou encore Malaise dans la civilisation. Lacan par contre, à part le court passage du séminaire, ne s’occupait pas trop d’histoire. Le champ ainsi ouvert à la réflexion historique était immense. Félix avait commencé à le défricher dans les Neuf thèses de l’opposition de gauche5, à la rédaction desquelles il m’avait demandé de participer.

C’était une période effervescente, exaltante. Le style changea lorsque, en 1969, Félix rencontra Deleuze. Ils s’enfermèrent dans un cabinet de travail pour préparer ensemble L’Anti-OEdipe, qui paraîtra en 1972, et inventèrent un appareil conceptuel qui n’avait plus grand-chose à voir avec celui qu’utilisait Félix dans sa période lacanienne. Mais l’intuition fondamentale restait vivace et forte, bien que dissimulée derrière le vocabulaire deleuzo-guattarien. Les grands événements histo-riques ne sont explicables ni par un projet transcendant rationnel porté par « l’Histoire », ni par la logique structurale objective des institutions, mais sont produits par des « coupures subjectives » apparemment irrationnelles qui rompent cette logique et sous-tendent les phénomènes révolutionnaires. Plus tard, Félix en vint à l’idée que le problème n’était plus celui de la révolution socialiste, mais celui d’une « révolution subjective », d’une révolution de la « subjectivité sociale » qui prend une place éminente dans Chaosmose, son dernier livre. Il existe une continuité très forte dans l’inspiration qui anime Félix de 1964 à 1992, au-delà des changements conceptuels résultant de sa rencontre avec Deleuze. Cette thèse de la continuité est peut-être contestable, mais elle s’appuie sur une évolution intellectuelle dont ce petit texte de 1966 est la preuve. Félix s’exprime avec les moyens du bord ; il explore, il cherche ses mots, il fait appel non seulement à Lacan, mais aussi au Sartre de L’Être et le Néant ou à l’histoire de la révolution russe de 1917. Sa vision s’oppose à une conception structuraliste de l’histoire ; elle rejoint les intuitions de certains grands historiens, sociologues ou anthropologues – Emile Durkheim, Marcel Mauss, Arnold Toynbee… D’emblée Félix, qui était encore jeune, se situe à un très haut niveau de la
 réflexion historique et sociale. Malgré l’obscurité de certains passages, malgré un langage familier qui n’a rien d’universitaire, ce texte est une pièce « archéologique » majeure qui révèle l’esprit visionnaire de Félix."  

François Fourquet


Texte de F. Guattari dans la revue papier 

Entretien pour la télévision grecque

Extraits de l'article paru dans la revue papier

1. Qu’est-ce que la philosophie ?

C’est un genre. De même qu’il y a un genre littéraire, un genre théâtral, des genres esthétiques, des genres politiques. C’est un genre qui travaille avec la puissance de l’infini portée par ces objets particuliers que sont les concepts.
L’ami c’est celui qui se tourne vers, qui se tourne vers l’autre et qui constitue l’autre. Pas forcément dans un rapport d’identification parce que l’amitié est parallèle à un rapport agonique. Mais qui, dans ce rapport singulier à l’autre, déploie un certain univers. Dans la complicité amicale, il y a toujours un troisième terme qui est le monde qu’on est en train de tisser, qu’on est en train de travailler. Et l’amitié socratique, ce n’est pas quelque chose qui se résout dans une identification homosexuelle, dans une incorporation de l’autre, c’est quelque chose qui est là pour tendre un filet qui dépasse complètement les rapports interpersonnels et qui donne une consistance à un certain type d’objets qui seront des objets conceptuels.

Entretien avec Félix Guattari à la télévision grecque

Introduction de Ben Matsas

 Extrait de l'article paru dans la revue papier

 (...) Qu’est-ce que la philosophie?
F. GUATTARI : C’est un genre. De même qu’il y a un genre littéraire, un genre théâtral, des genres esthétiques, des genres politiques, c’est un genre, qui travaille avec la puissance de l’infini, porté par ces objets particuliers que sont les concepts.

De l’ami
F. G. : L’ami, c’est celui qui se tourne vers l’autre. Et qui constitue l’autre. Pas forcément dans un rapport d’identification, parce que l’amitié est parallèle à un rapport agonique. Mais qui, dans ce rapport singulier à l’autre, déploie un certain univers. Dans la complicité amicale, il y a toujours un troisième terme qui est le monde que l’on est en train de tisser, que l’on est en train de travailler. Et l’amitié socratique, ce n’est pas quelque chose qui se résout dans une identification homosexuelle. Dans une incorporation de l’autre. C’est quelque chose qui est là pour tendre un filet qui dépasse complètement les rapports interpersonnels et qui donne une certaine consistance à un certain type d’objets qui sont les objets conceptuels.

G. VELTSOS: En ce sens-là vous êtes ami avec Deleuze parce que vous créez ensemble un monde ?

F. G. : C’est ça. Mais comme je le disais dans une interview, je suis ami avec Deleuze mais je ne suis pas copain. Je ne sais pas comment l’on pourrait traduire ça. Parce que, par exemple, avec Deleuze on s’est toujours vouvoyé, on a toujours gardé une grande proximité et une grande distance amicale. Comme si l’on en avait besoin, précisément, pour maintenir la consistance de notre tapisserie commune. (...)

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