Vignette clinique

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D’un corps à l’autre, de l’odeur à la parole

Extrait de l'article paru dans la revue papier :

"(...) Mme D souhaita me restituer à son tour comment elle avait vécu la séance pendant laquelle elle apprenait que, en rêverie, j’étais dans ma cuisine. Elle avait eu le sentiment que mon regard était particulier, elle avait pensé que j’étais en train de me représenter non seulement la scène érotique de ses plaisirs avec V mais que mon regard présent-absent , semblait dépasser les deux amants en question pour aller vers autre chose… Une autre scène. Après la séance, elle s’était demandée où je pouvais bien être tout en étant là. De l’autre côté des rideaux de lamelles de bois de sa chambre, intriqués et confondus avec ceux de ma cuisine, j’aménageais sa cuisine et à notre insu nous étions en train de parcourir ensemble le chemin vers la représentation de la tentative de suicide, sa mise à mort ainsi que celle de sa soeur. Mme D pendant cette séance n’avait pas de représentations de mots ni d’affects, elle était clivée par l’horreur de la situation et

s’excitait. Elle avait accès, cependant, à une image floue, muette et bien évidemment inodore. Je dirais qu’elle a eu accès à une représentation intermédiaire comme entre le rêve et l’état de veille qui a probablement

émergé grâce au retournement qui s’était opéré, dans le sens où je ne me suis plus laissée imposer la répétition du récit des caresses de V. À mon insu et par un mouvement défensif, je m’en suis séparée. Et cette fois, je l’ai emmenée dans la cuisine vers ce que cachait le rideau d’excitation qui lui permettait certes de se maintenir en vie mais en même temps de dénier et de cliver la folie meurtrière de sa mère tout autant que la haine à son égard. Bref, le rideau de l’excitation n’a plus fonctionné pour moi ni pour elle et en rêverie,

nous étions en même temps, au même moment, chacune dans la cuisine de sa mère. Et là, c’est le cas de le dire avec Ferenczi,, l’analyste répète toujours le crime : la scène du crime a eu lieu lorsqu’avec la culpabilité de la laisser seule, je l’ai entraînée dans la cuisine à mon insu, culpabilité qui se lit dans mes notes prises après

la séance, lorsque j’éprouvai le besoin de fuir et de ne plus écouter une fois de plus, la scène érotique. (...)"

La voie matérielle

Extrait de l'article paru dans la revue papier

 "(...) Quand nous nous voyions, il s’agissait de chercher dans un livre un

poème à lire. Elle ne distinguait rien, choisissait n’importe quel

poème. Ouvrait une page au hasard et disait « celui-là, je lis celuilà

». Et c’était insupportable de devoir choisir, trop « se montrer ».

Tout à fait à l’aveugle, j’ai travaillé comment distinguer. C’est après

seulement que j’ai compris qu’il s’agissait de cela.

Lire un poème. Alors ? vous choisissez quel mot ? celui-là, vous le gardez ? et celui-là ?

Je me rappelle avoir fait ça. Comme cette prise en charge à la place où je suis n’était pas très « régulière », pas très dans mon rôle, j’essayais de tenir son médecin un peu au courant pour qu’on me laisse faire. J’étais protégée par le fait qu’elle était une vieille chronique et que personne ne s’intéressait à elle. Au contraire, on avait peur de lui adresser la parole.

Un jour, le médecin, m’a dit, presque méfiant : « Mais qu’est-ce que vous faites à l’atelier de poésie ? elle ne me parle que de Victor Hugo ». Je lui ai répondu que non, on lisait tous les poètes, que je lui donnais les noms et même essayais de lui parler de chaque poète lu. Je lui ai dit : « Mais vous savez, peut-être que pour elle, tous les poètes s’appellent Victor Hugo ». La fois d’après, du coup, je me suis dit : « Eh bien, on va lire Victor Hugo » en espérant que cela lui dirait quelque chose, lui rappelle de vagues souvenirs scolaires et j’ai choisi exprès un poème très connu. « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… » Et je lui ai raconté qu’Hugo se rendait sur la tombe de sa fille, qu’elle venait de se marier et qu’elle était morte, noyée, en canotant sur un étang. Je lui ai raconté la mort de Léopoldine. Elle a eu alors cette parole étonnante : « Moi, j’ai une fille, je ne sais pas si elle est morte ou vivante ». « Oui, oui, je sais… » ai-je répondu en pensant à sa fille, avec qui elle n’a aucun contact depuis des années. Mais elle ne parlait pas de cette fille-là, celle dont elle parlait était née avant. Elle était précise, disait qu’elle avait accouché par césarienne. Et en même temps, c’était tellement inattendu et étonnant que je me demandais un peu si c’était du délire. Mais ça n’en avait pas l’air. (...)"

Un homme branché, Implant cochléaire et surdité


Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) Ce que ce dispositif technologique de pointe a de particulier et de peut-être unique en son genre, c’est sa double polarité dedans dehors : la partie interne implantée « dans la tête » est aimantée à la partie externe visible et amovible. L’interne aimante l’externe lors d’un contact obligé…
Pas question au fil du temps, d’oublier la machine comme cela se produit avec une broche, un pacemaker, une prothèse du genou. Il faut chaque matin « se brancher », ajuster son antenne pour qu’elle s’aimante à ce qui fonctionne en dedans. L’implant, de par sa configuration, questionne inlassablement la limite interne et externe, le passage du son dans la tête… Ce corps étranger interne peut devenir persécuteur quand il prend le devant de la scène corporelle et/ou psychique. « Dans la tête » est d’ailleurs, un abus de langage fantasmatique puisque la partie interne est incrustée dans l’os et les électrodes passent dans l’oreille sans effraction de la boite crânienne. Cela renvoie cependant clairement au fait que l’on entend « avec sa tête » et que l’opération aurait fait effraction, intrusion dans le cerveau, centre des pensées et du langage.

Denis, le criquet pélerin et la nébuleuse "blues"in"

 
Une invasion de criquets pélerins (Tous droits réservés)

Extrait de l'article papier

"(...) Dans le cadre des prises en charges extra-hospitalières auprès d’enfants, d’adolescents et de leur famille suivis au Centre Médico Psychologique (CMP) de Montreuil, je me propose de reprendre l’accompagnement sociothérapeutique de l’un de nos adolescents, âgé de 15 ans. Ce travail s’inscrit dans une démarche de relation et de liens sociaux, faisant suite à une longue période de désinvestissement du CMP par le jeune, en lien avec son histoire familiale et probablement avec le départ de mon prédécesseur, Monsieur A. L. Denis né en 1992 est le 3e d’une fratrie de 6 enfants, dont la famille originaire du Zaïre est en grande souffrance psychique. Ce jeune présente, depuis sa petite enfance, une pathologie carentielle pouvant nous faire craindre une évolution vers une psychose.
Différentes mesures de suivi socio-thérapeutique ont été mises en place, sans véritable succès. À ce jour, la notion d’une orientation, adaptée à sa problématique reste encore une interrogation, d’autant plus que Denis est l’adolescent.
Afin de faciliter ma compréhension dans cet exercice d’accompagnement, j’ai souhaité prendre connaissance de l’ensemble chronologique de sa prise en charge thérapeutique. Pour cela, je me suis mis en quête du dossier de Denis dans les archives.

Achéron en aller-retour : des vivants-morts aux morts-vivants

New-York (tous droits réservés)

Article paru également dans la revue papier

Tout semble se jouer dans ce trait d’union, dans l’agencement des mots. Peut être le passage de l’un à l’autre nécessite-t-il du travail, du temps.

Trait d’union pour un travail de mise en bière, de sépulture. Quand le cercueil enferme le sujet plutôt que ses morts.

Ca pourrait être l’histoire de ce jeune homme rencontré lors de son hospitalisation. Il devait tout avoir de l’homme dynamique moderne, tant recherché par notre « système ». Ingénieur dans une grande entreprise, bien payé, il naviguait dans l’existence, tranquillement. Puis, il y a cinq ans, la barque a pris l’eau. A moins que le vent ne se soit levé pour lui souffler à l’oreille une parole jusqu’alors inaudible ?

Quittant le radeau familial peuplé d’alcoolisme, de dépression, il cherche sa voie (sic) dans un ailleurs mystique. Les terres étrangères l’accueilleront malgré elles. Son départ pour le Moyen Orient marque le début d’une vivance morte qui durera intemporellement. Ayant largué les amarres de la vie d’antan  il part donc, avec dans son baluchon les économies accumulées par ses années de travail sans saveur, avec peut être des rêves, des promesses, celles de ne plus revenir dans ce monde… Le monde de la famille, de la réalité, du quotidien, de sa ville.

Il part avec son délire grandiloquent, cherchant la créativité qui lui a toujours manqué. Refaisant le monde, son monde, il décide de participer au rêve américain. New York, le milieu de la mode. Le créatif cherche la Création.

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