Histoire

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Le plus grand roman du XXIe siècle (until next week)

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Début de l'article paru dans la revue papier

« Le pavé de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, se prête au-delà de toute espérance à une démonstration en faveur de la thèse défendue avec talent par l’auteur d’un essai récent intitulé Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Cette thèse est la suivante : il n’est nullement nécessaire d’avoir lu un livre, à quelque genre qu’il se rattache, pour en parler avec assurance, voire avec autorité et compétence. Je vais essayer de  montrer qu’une connaissance des seuls titre, exergue et première phrase de ce roman de 894 pages suffisent à en parler longuement et avec pertinence, à en amorcer une critique qui va, d’un pas assuré, à l’essentiel.
Le titre fait référence à la tragédie grecque. Les Bienveillantes est la traduction en français de Les Euménides qui est le nom que se voient attribuer à la fin de la pièce d’Eschyle éponyme les Erinyes, une fois que celles-ci se sont transformées de déesses de la vengeance et de la punition en puissances tutélaires de la Cité athénienne. Cette reconversion des « féroces justicières » en dispensatrices de prospérité signale le passage d’un régime de justice à un autre voire, selon Christian Meier (De la tragédie grecque comme art politique), d’un régime politique à un autre – l’invention de la démocratie. En optant pour ce titre, Littell semble donc placer très explicitement son roman non seulement sous l’égide de la tragédie grecque mais, plus précisément, de ce mouvement décisif, inscrit au cœur de cette pièce d’Eschyle : le passage d’un temps de la justice-vindicte à un autre où l’ordre juridique va s’établir dans l’horizon de la nécessaire concorde entre les citoyens. Les Furies devenant Bienveillantes, c’est le spectre de la stasis, de la discorde civile, qui s’éloigne et c’est la possibilité pour la Cité de concentrer ses énergies vers l’extension de sa puissance et l’augmentation de sa prospérité [...] »

> la critique de Jean-Claude Polack de la critique d'Alain Brossat

Histoire de lieu, histoire de peur

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Début de l'article paru dans la revue papier

« Une région : l'Auvergne. Un territoire : le Mont Mouchet, 1465 mètres d'altitude, dans le massif granitique de la Margeride. Et là, dans une très vaste forêt, deux lieux tout proches : les ruines d'une maison forestière, ultime réduit du maquis d'Auvergne les dix et onze juin 1944 ; et à quelques encablures, le sous-bois fangeux où, le 19 juin 1767, fut abattue la Bête du Gévaudan. La superposition géographique de ces deux drames a de quoi intriguer. Ici, à deux siècles de distance, la peur, la violence, la souffrance. La Nature en folie (l'animal carnassier, incontrôlable), puis la société en folie (la barbarie guerrière, aveugle).

La Bête venait de loin. Partie de haute Ardèche, à cinquante kilomètre plus au sud, elle planta ensuite ses crocs dans la forêt de Mercoire, puis aux abords des hameaux lozériens, avant de venir errer dans les pâturages qui ourlent les sapinières du Mont Mouchet. Alors repérée, elle fut ensuite abattue par un chasseur au lieu dit "La sogne d'Auvers "- sogne ou sagne en occitan, zone de prés marécageux - sur la commune du même nom. A ma demande, un garde-forestier dont la famille officie ici depuis six générations me conduisit sur l'emplacement exact de la mise à mort : un tapis de myrtilliers et de framboisiers d'où émerge un enchevêtrement de branches cassées, de troncs d'épicéas et de fayards tombés à terre. A proximité, encore visibles, mais pour un œil très averti, trois fosses à loup. [...]

LVE : Dicible, visible

 

Une histoire de l’homosexualité, sous la direction de Robert Aldrich, traduction française, Paris, éd. du Seuil, 2006, 50€ 

Juste quelques lignes pour signaler et célébrer la parution en français de ce superbe volume, abondamment et richement illustré, pas trop cher, eu égard aux prix actuels et au fait qu’il se présente comme un livre d’art cartonné. Bref, je ne fais pas de la promotion commerciale mais tenais surtout à attirer l’attention sur un ouvrage qui devient désormais une indispensable référence, car il replace l’homosexualité dans son histoire et aussi sa géographie, son ethnographie, des articles de ce livre collectif étant consacrés aux Amériques, à l’Asie, à l’Afrique, de l’époque coloniale à aujourd’hui.

(Fragment d'un article paru dans la revue papier)

H. et h. ou la métaphysique du boulanger

« Supposons qu’en 1933, deux amis aient combattu côte à côte pour un certain Reich, le troisième dans la computation de l’histoire. Vaillamment, ces deux amis avaient décrit le temps nouveau comme celui du grand accomplissement. L’un d’entre eux, celui qui porte la lettre “H” (et qui n’est pas tout à fait celui auquel vous pensez, même si tous deux – le mien et le vôtre – brandissent la hache), avait eu le privilège de dire que le grand H. était vraiment « la réalité d’aujourd’hui et de demain ». Il avait même souligné le mot « est », ist, pour montrer que l’« être » lui-même était en cause. La « révolution » de 1933, de son propre aveu une contre-révolution, n’était ainsi rien d’autre que le « retour à l’essence de l’être », le WiederLehren Wesen des Seins… [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

Rumeur et langue de bois, à propos de l’hiver roumain

« LE 22 DÉCEMBRE 1989, pendant quelques minutes, nous avons pu vivre une expérience inouïe sur l’écran : le visage d’un dictateur qui se défait sous une vague grondante de haine, venue d’une foule immense. Pendant quelques secondes, les bras de Ceausescu battent l’air comme dans une nage atrophiée, ses yeux, ses mains perdent leur stabilité dans l’espace : le tyran est tout à coup publiquement désinvesti de toute légitimité, et se dissout alors sous nos yeux cette gravité rassérénée que produit l’assurance du pouvoir politique sur le corps humain. Même assis sur son fauteuil, le spectateur occidental n’est pas indifférent, il respire tout à coup plus à fond, plus vite : renverser un pouvoir tyrannique est sans doute l’une des expériences les plus radicalement humaines que l’on puisse imaginer, voir, vivre. Ce moment clé où bascule publiquement un pouvoir politique haï ne peut être réduit à la seule dimension des manipulations rétrospectivement plausibles. Il y a eu de vrais morts dans les rues, il y a eu l’héroïsme vrai des jeunes manifestants le 22 décembre. [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

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