René Schérer

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Les visions écosophiques de Félix


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Extrait de l'article paru dans la revue papier 

La problématique de la vie qu’expose Félix dans Chaosmose gravite autour de quatre points, ou « pivots », pour employer la langue de Fourier, concernant les flux, les lignées machiniques, les valeurs, les territoires existentiels. Félix les caractérise comme les quatre dimensions d’un « objet écosophique » à construire.

Qu’est-ce que cela veut dire, en quoi cela peut-il nous être utile pour notre pratique écologique présente ? Traduit en termes plus simples et familiers, cet objet quadridimensionnel n’est-il pas l’expression imagée de notre existence flottante parmi les êtres et les choses, de notre « être au monde » pris dans un réseau, tenu par des liens qui le rattachent aux autres vivants, à l’espace, à la nature ? Ou encore – et je reconnais qu’il ne s’agira pas là d’un langage particulièrement familier, mais auquel, malgré tout, les philosophes du moins sont plus souvent habitués – que cet objet peut dépeindre la « monade » individuelle, avec le filet des liens expressifs qui la rattachent à l’univers. Toute monade exprime l’univers, disait Leibniz, et celui-ci s’exprime en elle. Et la monade, ce n’est pas seulement le sujet humain, ce peut être n’importe quelle chose existante, en particulier l’objet créé, l’oeuvre d’art, monade expressive, en laquelle le monde existant, ses intentions, ses orientations, ses tenants et aboutissants peuvent se lire ; ou, du moins, qui donne à penser, comme un signe, voire une énigme, en lequel nous nous manifestons. Trace de pas sur le sable, manifeste actuel et futur de notre humanité. Toutes visions, toutes idées auxquelles la pensée de Gabriel Tarde, plus proche de notre siècle, a su donner une nouvelle extension.

Bref, nous sommes pris, encerclés dans et par le courant de vie qui nous traverse et nous entoure, vie matérielle et affective, par tous les mouvements internes et externes. La vie étant, aussi bien que les pulsations de notre sang ou le rythme de notre halètement, de notre souffle, l’air avec son oxygène, le soleil et ses rayons, la terre dans sa course, toutes les vibrations sonores et les traductions incorporelles qui leur donnent sens, noms, pensées, écritures. Flux énergétiques, matériels, sémiotiques, en langage guattarien.

Empreintes et diffraction



TUTORIAL WARHOL PHOTOSHOP

 Extrait de l'article paru dans la revue papier

"(...) Il y a une vingtaine d’année, il m’est arrivé de siéger au jury d’une thèse préparée et soutenue sous la direction d’Élodie Vitale. La candidate y confrontait Marcel Duchamp et Andy Warhol, opposant l’authentique créativité du premier à la répétitivité mercantile de l’autre. Il y fut objecté, à juste titre, que l’idée de proposer une telle hiérarchie, avec la sélection qui s’ensuit était un faux problème, particulièrement mal venu.
Warhol a, sans doute, affiché clairement, revendiqué, l’aspect commercial de l’oeuvre d’art, spéculé sur lui ; mais en tant que participant à l’ensemble d’un monde où la valeur de l’argent est déterminante, où l’argent a fini par concentrer en lui, incarner toute valeur.
Warhol en adopte ouvertement la thèse. Mais en même temps que l’écart, la mise à distance du mélancolique. Unissant en un même acte misanthropie et ironie. Cette ironie du romantique qui peut aussi tempérer ses aspects mordants, trop égotiques par la plus grande générosité d’un humour régénérateur. Comme chez Jean Paul, comme chez Fourier. L’humour est l’ironie déplacée, décentrée. Son pivot n’est plus le moi affirmant une insupportable transcendance. C’est la multiplicité de l’arbre passionnel.
Son expansion, sa diffusion. Un autre mot vient alors à l’esprit. Celui de diffraction. De lumière diffractée. Celle-ci est, on le sait, la frange colorée qui apparaît aux bords d’un écran noir, ou à ceux d’un trou qui le perce et laisse passer un rayon qui, par un effet prismatique, se disperse en prenant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Charles Fourier s’est maintes fois référé à cette propriété de la lumière. Il en tire, ainsi, d’ailleurs, que de la réflexion et de la réfraction, une emblématique, une allégorèse des passions qui, dans leurs combinaisons et leurs essors, constituent la seule boussole, le seul guide, seule empreinte d’une vérité autrement inaccessible en civilisation, mais qui, grâce à elles, perce en dispersant sa lumière, au sein même de ce monde quelque faux qu’il puisse être dans l’ensemble de ses institutions et de leurs effets.
« L’ordre subversif » civilisé, est, certes, l’agent principal, le responsable de la dissimulation de tout libre épanouissement passionnel, mais, tout de même, y perce l’expression de la passion avec la vérité qu’elle porte, à titre de lumière diffractée.

La crise à l'épreuve de l'utopie

 
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Extrait de l'entretien avec René Scherer paru dans la revue papier

Jean claude Polack - Toute ton œuvre philosophique, et particulièrement tes livres récents, témoignent d’une fidélité indéfectible aux grands thèmes de l’anarchisme et de l’utopie.Ils disent aussi la place essentielle que tu accordes au désir et à la sexualité dans l’histoire et l’économie des sociétés capitalistes. J’aimerais que tu nous parles de l’actualité de ces quatre termes aujourd’hui, dans ces temps de crise de la mondialisation.
Parce que tu vois en Fourier le penseur d’un monde différent, alternatif, plus juste, plus apte à s’émanciper des différents modes d’aliénation, je suis tenté de te demander comment on pourrait aujourd’hui, - au delà d’une résistance passive, donner consistance à ce fameux « rêve générale » apparu sur les banderoles des récentes manifestations.

René Scherer - Tu me soumets de bien grandes questions, et je ne sais si je vais pouvoir y répondre. Je les retournerai plutôt vers moi-même en me demandant ce que je pense et fais exactement.
Je ne me pose pas du tout en homme politique, pas tellement en philosophe ; de préférence en enseignant, en professeur ayant à éclaircir certaines questions devant des étudiants, selon les circonstances. Donc pas tellement avec la prétention de faire un système, mais d’introduire des liaisons, du systématique. En suivant la distinction très juste, à mon sens, que faisait Barthes à propos de Fourier. Il y a en lui du systématique, certainement du systématique, puisqu’il relie tout à tout, mais ça ne forme pas un système, comme celui de Hegel, par exemple. Je serais heureux de pouvoir en dire autant de ce que j’ai écrit. Il n’y a pas de système, mais du systématique, du moins en intention. Des thèmes. Ceux que tu mentionnes : utopie, anarchisme, désir, - j’ajouterais hospitalité, enfance, forment un noyau, un centre à la fois attractif et rayonnant. Une constellation comme disait Benjamin. C’est ça, mon systématique, qui peut, je crois, servir à penser, au besoin, la mondialisation.

Quelques mots pour Don Quichotte



(Fumar Mata - tous droits réservés)

Fragments de lecture de l'article paru dans la revue papier.

" On n’aura jamais fini d’épiloguer sur l’alliance, qui est un trait libéralisme d’aujourd’hui, notre souci insidieux et l’objet d’analyses contradictoires, entre une idéologie du « risque » et les préoccupations de plus en plus tatillonnes de la « sécurité » (...) "

Deux cas exemplaires

Extraits de l'article paru dans la revue papier

"(...) Que la loi soit toujours la raison du plus fort, nul n’en doute, et personne ne veut le dire. Pas plus que l’on n’ose admettre qu’un enfant enlevé puisse pleurer la mort de son ravisseur, et garder en lui-même une parfaite lucidité, un serein équilibre. Nous l’exigeons abattu, traumatisé, déconstruit. La victime par principe, l’éternelle victime.
Il faut qu’il ait à se retrouver, à se reconstruire. Telle est la volonté des psychiatres, telle est la Loi. Là où elle a parlé, la réalité s’efface. Ou elle s’y conforme, ou elle est niée. Depuis quelque temps et de plus en plus, les psychologues, les psychanalystes imposent, à toute occasion, ce déni; imposent leur loi, La Loi. Leurs diktats sur le réel, sur les évidences les plus sincèrement éprouvées et affirmées, ont force de loi.
La loi protège, la loi répartit. Ceux qui s’y conforme et ceux qui la violent. Elle distingue les coupables et les victimes.
Naguère – car il y a peu de temps, en fait, que cela s’est infléchi en ce sens, et la courbe n’a fait que s’accentuer de plus en plus - la loi s’intéressait surtout aux coupables. Elle a commencé à se pencher sur les victimes. Depuis, quelle inflation, quel torrent !
Remarquable illustration de cette existence non existante entre vie et mort : la victime, être en sursis, est la confirmation du bien-fondé de la loi et de sa toute-puissance.

***

Et puis, tout à coup, Natascha Kampusch. Une victime évidente qui refuse de l’être. Du moins de se reconnaître, de se proclamer telle. Qui, loin de chercher secours auprès de la Loi et de ses supporters, se maintient en elle-même, garde son secret. Quelle stupeur universelle, quel scandale ! C’est tout juste si l’on ne va pas crier Haro ! sur le baudet. Branle-bas de combat chez les paparazzi, réserve offusquée ou pincée des experts. Pas de transcendance de la Loi, voyons donc ! Ce n’est pas tolérable. Elle est encore trop traumatisée, ça viendra.
Mais non, ça n’est pas venu, et sans aucun doute, ça ne viendra pas.
Pas de transcendance de la loi, comme on se plaît à dire et comme on l’impose. Pas de loi transcendante. Les lois, quand il en existe, ne sont toujours que les rapports  (parfois nécessaires, le plus souvent contingents) « découlant de la nature des choses ». On n’a jamais dit ni écrit mieux que Montesquieu qui, on s’en souvient, en avait établi la formule. Et ce qui fait la beauté du cas de Natascha, c’est que ces rapports-là, en cette occasion, ne sont pas arrivés à créer la victime tant attendue ? (...)"

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