Socius

warning: Creating default object from empty value in /var/www/vhosts/revue-chimeres.fr/httpdocs/drupal_chimeres/modules/taxonomy/taxonomy.module on line 1387.

Le contrat

Eduardo Chillida - Leku-Aldatu

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Mes chemins pour réparer les blessures sont certes différents de ceux que j’ai pris lorsque j’étais médecin généraliste. Quelque fois il s’agit juste de RALENTIR quelque chose, de restaurer un temps : un temps pour la douleur, un temps pour le deuil, un temps de convalescence, un temps pour la fatigue, un repli stratégique. Quelquefois il s’agit de combattre : monter à l’assaut, réclamer ses droits, exiger d’être entendu et pris en compte. Le plus souvent, dans le monde du travail, soigner consiste à permettre à chacun de refaire des choix là où il ne semble plus y en avoir aucun.
Réparer ne veut pas dire clore. Réparer ne veut pas dire faire la chasse au moindre symptôme, réparer ne veut pas dire colmater toutes les brèches pour restaurer l’ordre de la santé, mais peut être, au contraire, laisser vivre les effractions.

Machines, comment ça marche ?


Jean Tinguely's Requiem pour une feuille morte, 1967

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Ainsi, la machine ne concerne plus un sous-ensemble de la technique, et certainement pas un progrès technique vis-à-vis de l’outil. C’est la problématique de la technique au contraire qui est placée sous la dépendance des « machines », au sens où Guattari l’emploie : la machine est préalable à la technique au lieu d’en être l’expression. En s’appuyant sur les historiens et sur les philosophes de la technique comme Leroi-Gourhan, Détienne, Mumford ou Simondon, Guattari indique qu’un individu technique, outil ou machine, un marteau, un avion, ne peuvent pas être étudiés isolément, sans prendre en considération le milieu d’individuation qui les englobe et les fait fonctionner. Nulle machine ou outil technique n’a d’existence par soi-même, car ces artefacts ne fonctionnent que dans un milieu d’individuation agencé, qui en forme la condition de possibilité : pas de marteau sans clou, et donc interaction entre une multitude d’objets techniques permettant la fabrication des marteaux et des clous, mais aussi les conditions de leurs utilisations et de leurs usages. Simondon le disait : tout individu technique renvoie ainsi à un système technique associé, qui fonctionne comme une condition transcendantale de possibilité.
Cette condition ne se limite toutefois pas au domaine technique car marteau et clou supposent aussi la main qui tient le marteau pour enfoncer le clou, c’est-à-dire la motricité du geste, la qualification du travailleur, la division du travail dans son ensemble de production, autant d’ailleurs que le mur, bois ou surface dans lequel enfoncer le clou, etc., contexte opératoire d’un devenir du geste moteur dans son territoire existentiel culturel, impliquant son agencement de production spécifique. Il n’y a donc aucune indépendance entre un individu technique et l’ensemble social dans lequel il s’insère. Bien plus, c’est l’agencement social qui détermine le technique, non l’inverse. Détienne le formulait avec netteté : « la technique est en quelque sorte intérieure au social et au mental » . Impossible par conséquent d’analyser le moindre individu technique, marteau ou avion, sans prendre en compte les montages sociaux qui le rendent possible.

Déconstruction de l'identité nationale d'Etat dans le rap et le contre-modèle du Sud


L'ARTICLE EST TELECHARGEABLE EN ENTIER EN PDF

Extraits de l'article

"LA PRÉSENTE CONTRIBUTION s’inscrit dans le débat autour des « identités nationales d’État » déclenché par la création du Ministère dit « de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », dans le but de trouver une voie d’issue au « piège idéologique » (Bazin/Gibb/Selim 2007) qui apparaît dans cette évolution récente de la société française. Notre travail se propose de contester la validité  scientifique de la notion d’« identité nationale d’État » 2, telle qu’elle apparaît dans les discours sociaux  dominants, en « déconstruisant » l’identité de l’État-nation français qui, aux temps modernes, se veut « une et indivisible ». Pour ce faire, nous allons confronter cette construction identitaire, tant sur le plan culturel et religieux que linguistique, non seulement avec les phénomènes migratoires, mais aussi, et au même titre, avec la revendication occitane. (...)"

"(...) Certes, le potentiel conflictuel est aujourd’hui apaisé sur le plan culturel et linguistique, car l’émergence d’une variété régionale de la langue standard nationale à partir du substrat occitan correspond, du point de vue ethno-sociolinguistique, à la réintégration de l’identité régionale à l’identité nationale. Nous assistons à une sorte de « réinvention » de la nation. Toutefois, même si le défi occitan semble pour le moment désamorcé (cf. Jablonka 2008a), il persiste un potentiel conflictuel latent du fait de l’inévitable affaiblissement de la pression normative des institutions de l’État et de la prise de leurs vecteurs symboliques dans le cadre de l’unification européenne ; en même temps, au sein de l’Europe, les régions gagnent en importance vis-à-vis de l’État-nation, qui est pour ainsi dire pris en tenaille. De plus, si le conflit linguistique autochtone est apaisé en Occitanie, l’identité nationale semble devoir faire face à un nouveau conflit culturel et linguistique qui se « branche » sur le premier, du fait du ‘contrecoup’ postcolonial et donc de la forte présence d’anciens « colonisés » dans la « colonie interne » que représente l’Occitanie (Lafont 1971).
Migration, religion, enjeux langagiers En effet, l’histoire semble boucler la boucle, car nous sommes actuellement de nouveau en présence d’un processus lié au refoulement qui connaît des enjeux linguistiques – présence de langues d’immigration, notamment de l’arabe, ainsi que de variétés de contact émergentes – aussi bien que culturels et religieux : en premier lieu la présence de l’islam, qui se répercute dans les paroles de nombreux morceaux de rap, notamment du sud :
Red, black and green (IAM, album « De la Planète Mars ») : « Allahu akbar [= Dieu est le plus grand], protège-nous des ténèbres absolus/ Comme a dit King Raz à qui je dis salaam [= (que la) paix (soit avec toi)]/Ulémas [= savants islamiques] nous sommes, âmes de l’islam ».
Les cités d’or (Psy 4 De La Rime, album homonyme) : « On souhaite à vos familles les bon choix inch’allah [= si Dieu le veut] » ;
« Woulah [= je te le jure], ils sont trop beaux » ; « Mets-toi le hijab [= voile islamique]/Lé lé lé lady » [lé lé lé peut avoir le sens de ‘non non non’ en arabe dialectal maghrébin] ; « fais le rho [= frère]
(...)"

Isoloir

 

Début de l'article paru dans la revue papier

« Le 6 mai je suis allé voter, et je vais ici raconter une anecdote. Précisons une chose : je ne rentre jamais dans l’isoloir. Et, comme à cette heure-ci j’étais le seul client dans le bureau de vote, j’ai été un peu remarqué. La jeune femme chargée de la « prévérification » de l’inscription sur les listes de votants, et accessoirement responsable de l’étalage des petits papiers, m’avait gentiment indiqué les opérations à suivre et orienté vers l’endroit où j’étais censé me rendre. Je restais néanmoins devant elle à essayer de plier la candidate socialiste pour la faire rentrer dans la toute petite enveloppe bleue. Mais je m’y étais mal pris et cela durait un temps exagérément long : je veux dire peut-être dix ou vingt secondes, mais l’effet fortuitement insistant devenait gênant pour la préposée en question… et pour moi-même par effet boomerang. Lorsqu’elle me suggéra une deuxième fois de rentrer dans l’isoloir, je marmonnais une protestation et restais fiché devant elle. Elle devint toute rouge, comme si j’étais tout nu – j’espère que ç’eut été tout de même plus amusant. Je traversais finalement la pièce vers le bureau de vote proprement dit. La scène n’ayant pas échappé aux autres préposés, la personne chargée du registre, moins timide, me dit alors franchement : « normalement, il faut aller dans l’isoloir, mais on dira qu’on a rien vu! ». Remarque à laquelle je répondis que je n’avais pas envie de faire semblant – je retins là ma phrase, n’allant pas jusqu’à son bout, sous-entendant ainsi que je ne voulais pas faire semblant de voter Sarkozy. S’ensuivit un très bref échange qu’elle boucla par une affirmative, à savoir que le passage dans l’isoloir est obligatoire. Je sortis alors du bureau de vote en essayant de ne rencontrer personne autour de la mairie, conforté dans ma pudeur électorale. [...] »

Broderies sur "Les Trois Écologies de Félix Guattari"

TROIS CHAMPS DE PROblèmes sont à articuler dans une perspective éthique et politique : les rapports à la nature et à l’environnement qu’envisage l’écologie environnementale ; les rapports au socius, aux réalités économiques et sociales qu’envisage une écologie sociale ; les rapports à la psyché, la question de la production de subjectivité humaine qu’envisage une écologie mentale.

Les tentatives militantes ou professionnelles que nous avons connues jusqu’à présent choisissent toujours de privilégier un seul de ces trois axes, et rencontrent des blocages incontournables dans leur développement faute de travailler les autres dimensions. De plus ces tentatives se donnent toujours comme horizon soit la planète, soit l’individu ou quelque autre entité molaire qu’il s’agirait de réformer dans son entier, alors que la pratique est toujours partielle et se déroule au sein de groupes. Ces groupes peuvent être extensifs tant que la contrepartie de cette extension n’est pas la constitution d’une centralité et de frontières. Ils peuvent être intensifs tant que leur intensité reste poreuse, accueillante à l’environnement.

Dans ces conditions on constate un devenir groupe de l’individu à l’intersection d’un ensemble de composantes à surtout ne pas répartir en deux sous-ensembles antagoniques sous peine de paralysie ; on constate également un devenir individu du groupe ouvert et en mouvement, par l’usage de la répétition et de la différence. L’écosophie se propose de construire de nouvelles modalités de l’être en groupe à toutes les échelles.

Syndiquer le contenu