Mathilde Girard

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Ecrire déloge

 
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Littérature – écriture – communauté : Expériences de l’inhabiter

Don Quichotte, la misère du monde et la littérature
Vous disiez ? Figures de Don Quichotte ? Figures des héros pour le temps présent ? C’est une provocation, probablement, sauf à penser que la littérature puisse encore se mêler de la réalité, voire qu’elle aurait vocation à nous en rappeler les traits de vérité. Alors soit. Essayons, circulons sur cette bordure qui sépare encore la littérature de la politique, défrichons ce chemin d’expérience, chemin qui toujours se repeuple de branches, de ronces et d’orties : comment y faire passer la politique ? Comment faire passer sur ce chemin d’expérience le peuple absent, invisible ? Seule je n’y parviendrai pas. Nous écrirons collectivement, et nous ne terminerons pas, probablement.
Comment accueillir sur cette percée qu’est Chimères, quelque chose d’un peuple, d’une multitude politique, qui nous manquerait ? Ça sent déjà le complexe… Peut-être, pour l’instant, ouvrir les yeux. Sur ce paysage étonnant d’une seconde ville dans la ville, urbanité précaire et transitoire des plus visibles : l’espace, la communauté de ceux qui s’appellent eux-mêmes « Enfants de Don Quichotte ».
De fait : nous n’accueillons pas les Enfants de Don Quichotte, nous ne leur ouvrons pas nos maisons, nous ne dormirons pas sous leur tente. Mais risquons néanmoins, par ici, l’expérience d’une hospitalité subjective, de « l’errance hospitalière ».
On associerait alors, par l’envers, sur ceci, de tout à fait éloquent : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Les mots, vous les reconnaissez, sont de Michel Rocard ; ça date, déjà, mais il n’est pas inutile d’y revenir… Et notre misère ? Quel accueil pour notre misère? Question de principe, du consensus comptable et compté de la démocratie. Question de logement. La réponse trouvée ici a valeur de démonstration : c’est par la production des conditions de visibilité que la multitude prend forme dans l’expression d’une communauté. Triste constat : comme s’il nous avait jusqu’ici manqué l’évidence colorée d’une tente Décathlon pour mesurer et compter avec le paysage les singularités qui restent exposées au dehors : les Sans Domiciles Fixes.
Les singularités de cette multitude, les singularités plurielles des sans papiers et des sans domicile fixe se rencontrent autour du travail de la démocratie, comme procédure de « vérification de l’égalité  » (1) qui se pose, s’expose et s’oppose sans terme à l’évidence consensuelle de l’inégalité sociale. Il s’agit en somme, en érigeant des tentes pour les uns, en se réappropriant le droit de grève pour les autres, de prendre part au processus démocratique, d’y participer, par une « démonstration de communauté ». Mais plus encore, et en témoignent si justement les deux films de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, Parias et La Blessure, c’est à la jonction du visible et de l’invisible, de l’apparition et de la disparition, de la déclaration et du secret, que se joue la politique de la communauté, en tant qu’elle opère par déplacements, d’un territoire à l’autre, créant ainsi des topographies singulières, par où elle s’illustre, et où elle se retire. On retrouve la dynamique de ces mouvements dans l’esprit des luttes qui se mobilisent aux bords de cette communauté : luttes criantes et secrètes, alternativement. Secrètes parce que criantes, violentes, illégales. Secrètes aussi par élection, par désir. Et ce n’est certes pas un hasard si la question du logement est devenue le nerf de la guerre du  terrain politique aujourd’hui, rassemblant dans les mêmes actions des jeunes squatteurs de 18 ans, des personnes sans papiers et sans domicile fixe. La violence préalable de la communauté répond alors à la nécessité de l’événement - comme effet / effectuation de puissance -, nécessité de « rendre visible l’invisible, [de] donner un nom à l’anonyme, [de] faire entendre une parole là l’on ne percevait que du bruit.  » (2)

Le cinéma, la mémoire sous la main


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La mémoire travaille au présent. C’est ainsi qu’on aimerait désigner l’exercice politique, collectif et critique de reconnaissance des torts, exercice trop souvent absorbé par un dispositif cathartique qui convoque le souvenir de l’événement au moment voulu, pour un effort de mémoire attendu et immédiatement reconduit aux conditions de la commémoration.

De telles démonstrations médiatiques ne nous donnent guère l’occasion de nous pencher sur le maintenant de notre expérience, ni de nous rendre attentifs à l’actualité du désastre. Lorsque Benjamin écrit que « la connaissance historique n’advient qu’à partir du ”maintenant”, c’est-à-dire d’un état de notre expérience présente d’où émerge, parmi l’immense archive de textes, images et témoignages du passé, un moment de mémoire et de lisibilité qui apparaît – […] - comme un point critique, un symptôme, un malaise dans la tradition qui, jusqu’alors, offrait au passé un tableau plus ou moins reconnaissable », il signifie que toute position subjective a charge dans l’actuel et comme après-coup d’accueillir les expériences politiques et esthétiques par lesquelles le passé se rappelle à nous. C’est penser le présent aux conditions de la mémoire involontaire, aux conditions du maintenant de la mémoire subjective ; c’est penser la mémoire avec la connaissance historique aux conditions du symptôme.

Mémoire attendue. Mémoire inattendue. La mémoire et la lisibilité de l’histoire sont d’abord les effets d’une crise, d’une maladie du temps au contact d’une subjectivité, de la singularité d’un moment; avant, sans doute, d’être des effets de l’époque. Maladie du temps, ou des temporalités heurtées. La mémoire surgit comme une coupe synchronique dans le réel ; aussi toute expérience de mémoire souffre-t-elle de la folie de ce soulèvement anachronique, de cette rupture de la durée : retour du refoulé historique d’emblée traduit, imprimé, et réenregistré au présent.

Le philosophe ne danse pas, il pense. Enfantillages philosophiques.

Début de l'article paru dans la revue papier

"Qui n’a pas un jour vécu la terrible expérience d’être accusé publiquement de mal connaître la philosophie d’Heidegger ? Qui ne s’est pas senti, une fois au moins, frémir au voisinage du savoir philosophique ? Que celui qui ne s’est jamais vu reprocher d’être un mauvais métaphysicien nous jette la première pierre !
Hériter de la philosophie après Sartre et Bataille, c’est hériter d’un conflit que Nietzsche avait déjà soulevé : celui de l’art et de la philosophie, de la littérature et de la philosophie. Mais entendons ainsi ce conflit, cette mésentente : la philosophie contre la littérature – tout contre. Car « anti » ne signifie ni contre, ni avec, mais et contre, et avec. Contre et avec, dans le mouvement qui les oppose et les expose.
Rappeler Sartre auprès et contre Bataille prend sens ici pour nous dans un cheminement anachronique par lequel il s’agirait d’observer la nature de leurs oppositions, de leurs différends, en même temps que la nécessité de ceux-ci. S’ils peuvent partager le même langage philosophique, si la philosophie est le savoir où ils se rencontrent, elle accuse d’emblée pour Bataille le mouvement de sa perte, de sa transgression, de sa négation. Et c’est en elle-même, face à elle que le savoir se déshabille.
Plusieurs scènes seront ainsi relatées, plusieurs situations d’échange entre les deux hommes : « Le Philosophe » Jean-Paul Sartre, « l’artiste », l’hétérologue, Georges Bataille. Des échanges de thèses, des propositions philosophiques, et des images. La relation Sartre-Bataille est productrice d’images et de gestes. Non seulement par ce qu’ils furent l’un pour l’autre des images de l’altérité absolue, mais parce que seule l’expérience métamorphique de l’image et du mouvement put rendre compte et réaliser la complexité de ce contact d’opposition nécessaire à la pensée de l’autre. (...)"

Voir également : La revolte enfantine: on Georges Bataille's "La Morale de Miller" and Jean-Paul Sartre's "Un Nouveau Mystique"

« Promesse d’attentat », le cinéma burlesque ou la subversion par le geste

Fragment de l'article paru dans la revue papier

« Quoi que ce soit, je suis contre » dit Groucho Marx dans Horse Feathers.
A la lecture de l’ouvrage d’Emmanuel Dreux, Le cinéma burlesque ou la subversion par le geste, je suis restée enchantée par le petit monde d’enfants détestables et charmants rappelé à ma mémoire : Max Linder, Charlot, Buster Keaton, Les Marx Brothers, Harry Langdon, Laurel et Hardy, W.C. Fields… Des enfants ou des prétendants rêvés et honnis. Des personnages intenables, superbes mais jamais satisfaisants, jamais complaisants. Des hommes seulement, pas une femme, remarquons-le, qui figurent parmi eux. Mais faut-il se représenter les choses ainsi ? N’est-ce pas précisément l’exploit des burlesques que de s’inventer une position (subjective) et un genre (sexuel et cinématographique) à part ? Il y a de l’enfant chez Chaplin et Langdon, il y a de la grand-mère ou de la belle-mère chez Fields et Fatty Arbuckle, il y a de l’animal, de la femme et de l’homme chez chacun d’eux. Il y a avant tout des gestes indéterminables et une science de l’inattendu, un savoir du devenir.

La Question Humaine

Fragment de l'article paru dans la revue papier

"Avec La Question humaine, Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ont réalisé le dernier opus de leur trilogie sur la violence du monde contemporain.
Pour Paria (2000), ils étaient allés au plus près des corps en marge, des « sans domicile fixe » ; ils les avaient fait apparaître, dévoilant avec eux les modalités biopolitiques par lesquelles le pouvoir s’exerce aujourd’hui sur les rebuts de la société libérale. La Blessure (2004) nous associait à la temporalité déréglée des demandeurs d’asile en suspens, et accusait avec force les mesures d’exception mises en place dans les zones d’attente des aéroports français. On sait combien la législation s’est depuis endurcie, le droit d’asile et le regroupement familial figurant parmi les dernières mythologies de la patrie des Droits de l’Homme. L’écoute d’Elisabeth Perceval et le regard de Nicolas Klotz mobilisent le spectateur, l’interpellent depuis sa position subjective face à ces sujets délaissés qu’il côtoie quotidiennement ; leurs films nous sont adressés, mais c’est sans stratégie d’empathie que nos regards sont retenus, entre désir et distance, proximité des corps et séparation par le langage [...]

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