Foucault

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Depuis Foucault, les loges de la folie

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Voir également : Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)


Mauvaises fréquentations ?

Il semble que la simple évocation des noms de Althusser, Deleuze, Foucault, Guattari ou encore Derrida – pour ne citer que cinq figures parmi les penseurs qui n'ont certainement pas méconnu la psychanalyse mais ont souvent cherché à l'éprouver, à la pousser dans ses retranchements – éveille aujourd'hui dans certains cercles analytiques bien pensants des formes nouvelles de la vieille censure. La dimension sans doute trop politique – ou estimée telle – de leur oeuvre aurait-elle contribué à les rendre suspects et, pire encore, à les mettre d'entrée hors jeu aux yeux des praticiens qui disent se situer du côté de la pratique pure, forcément mythique ? J'en donnerai pour simple illustration les dernières répliques décisives essuyées lors de nos tentatives d'aborder aussi modestement que ce soit ces pensées : « encore Foucault ! on a déjà entendu ce discours dans les années 70 ! » ou encore sur le même ton expéditif : « Derrida n'a jamais rien compris à Lacan ! » (à quoi je me suis permis de répondre que pour ma part ce sont ceux qui pensent avoir « tout compris à Lacan » que je trouve dans une certaine mesure terrifiants.) Cela témoigne surtout de la volonté insistante de passer sous silence un Derrida grand lecteur de Freud et de Lacan avant d'avancer l'argument voulu imparable : « de toutes façons, ils ne sont pas analystes ! »   Même celui qui exerce l'analyse - je pense notamment à Felix Guattari - est considéré comme un traître s'il a touché aux dogmes, et son nom reste ainsi associé comme celui de Deleuze à l'Anti-Oedipe.
On peut craindre qu'à vouloir réserver le droit de parler de la psychanalyse à ses seuls praticiens autorisés et labellisés, on ne fasse perdre à cette dernière sa force subversive. Certains, après avoir adopté une posture de résistance face aux réformateurs, sonnent même à présent la fin de l'analyse laïque, nous faisant entendre que la psychanalyse désormais sera orthodoxe ou ne sera pas. Freud était pourtant très clair dans « la Question de l'Analyse profane », texte plus que jamais actuel : « la pratique de la psychanalyse est-elle un objet qui doive être soumis à l'intervention des pouvoirs publics, ou est-il plus approprié de la laisser à son développement naturel ? »   Il refusait l'annexion de la psychanalyse par la médecine car il y voyait une tentative d'appropriation sadique-anale visant plus à détruire l'objet qu'à le conserver. Comme le remarquent René Major et Chantal Talagrand, « la psychanalyse ne saurait que rester circonspecte à l'égard de toute tentative de séduction, voire de celles que peuvent exercer ses propres institutions et, a fortiori, de celle qui ne manquera pas de venir de l'Etat car il ne peut s'agir, dans ce cas, Freud le note expressément, que d'une tentative d'appropriation, n'échappant pas à la pulsion d'emprise ou de pouvoir, qui vise à détruire l'objet qu'elle s'approprie ou à le conserver sous la forme la moins subversive, la moins dérangeante, la plus acceptable par les instances étatiques que la psychanalyse est la plus à même de critiquer. » 
Ce qu'il est convenu d'appeler la communauté analytique est en général assez d'accord pour repérer l'ennemi extérieur, incarné notamment par les dérives scientistes actuelles, le vent hyperpositiviste ou encore la folie technocratique. On se rassemble volontiers pour lutter pour la défense d'un territoire. Quant à travailler notre propre symptôme en affrontant l'ennemi intérieur, c'est une tout autre affaire. Ainsi la pulsion de pouvoir reste-t-elle largement inanalysée. Certains estiment même que penser le politique est une option pour ceux qui ont du temps (les universitaires par exemple, objets fréquents de tous les fantasmes) sans voir que cette question, comme Freud l'a bien montré, est au coeur de nos pratiques cliniques. Si on ne voit pas que la psychanalyse est politique, un jour viendra où on ne pourra plus exercer. Il est vrai qu'interroger notre désengagement avant de crier au loup cognitiviste ou scientiste demande un pas de côté, un écart. 

Le cinéma, la mémoire sous la main


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La mémoire travaille au présent. C’est ainsi qu’on aimerait désigner l’exercice politique, collectif et critique de reconnaissance des torts, exercice trop souvent absorbé par un dispositif cathartique qui convoque le souvenir de l’événement au moment voulu, pour un effort de mémoire attendu et immédiatement reconduit aux conditions de la commémoration.

De telles démonstrations médiatiques ne nous donnent guère l’occasion de nous pencher sur le maintenant de notre expérience, ni de nous rendre attentifs à l’actualité du désastre. Lorsque Benjamin écrit que « la connaissance historique n’advient qu’à partir du ”maintenant”, c’est-à-dire d’un état de notre expérience présente d’où émerge, parmi l’immense archive de textes, images et témoignages du passé, un moment de mémoire et de lisibilité qui apparaît – […] - comme un point critique, un symptôme, un malaise dans la tradition qui, jusqu’alors, offrait au passé un tableau plus ou moins reconnaissable », il signifie que toute position subjective a charge dans l’actuel et comme après-coup d’accueillir les expériences politiques et esthétiques par lesquelles le passé se rappelle à nous. C’est penser le présent aux conditions de la mémoire involontaire, aux conditions du maintenant de la mémoire subjective ; c’est penser la mémoire avec la connaissance historique aux conditions du symptôme.

Mémoire attendue. Mémoire inattendue. La mémoire et la lisibilité de l’histoire sont d’abord les effets d’une crise, d’une maladie du temps au contact d’une subjectivité, de la singularité d’un moment; avant, sans doute, d’être des effets de l’époque. Maladie du temps, ou des temporalités heurtées. La mémoire surgit comme une coupe synchronique dans le réel ; aussi toute expérience de mémoire souffre-t-elle de la folie de ce soulèvement anachronique, de cette rupture de la durée : retour du refoulé historique d’emblée traduit, imprimé, et réenregistré au présent.

Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

Association « Pratiques de la folie »


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Frédéric Gros : sur l’œuvre de Foucault des dernières années (à partir de 1980)

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I) le sujet, II) la vérité, III) la philosophie, IV) Discussion avec Jean Allouch.

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1’40 / Introduction: Franck Chaumon introduit la séance. Quelle est notre actualité ? Le regard évaluateur s’est étendu au champ de la santé : une évaluation comptable de l’activité réelle (institutions et activités libérales) qui repose sur une adéquation entre actes et chiffres. Plutôt qu’une simple position de résistance face à ce phénomène, comment lancer une offensive : « comment parler de nos pratiques de paroles ? » dans un autre espace, dans le champ du politique ! Rendre des comptes, c’est poser cette question. Parole, vérité, politique. Foucault nous est d’une aide irremplaçable pour montrer comment la vérité du sujet ne peut se dissocier du régime de vérité dans lequel se déploie le discours. Actualité de Foucault qui réinvestit la question politique à travers la parole subjective et la vérité du sujet : la parrhesia, le dire vrai, le courage de la vérité. Jean Allouch est à côté : un des rares psychanalystes qui travaille avec Foucault.

14’47 / I) Le sujet : une nouvelle conception du sujet qu’il déplace et qui déstabilise le sujet essentiel, a priori, et transcendantal (Descartes, Kant, Husserl).

1) Les techniques de soi : techniques historiques à travers lesquels le sujet se construit dans un rapport déterminé à lui-même. Mais le sujet n’est pas produit par ces techniques.
2) Les pratiques de subjectivation sont des programmes de stylisation de l’existence (non du conditionnement). Le sujet peut être appelé à se transformer. Le soi éthique contrebalance le sujet a priori kantien de la critique de la raison pure qui ne peut pas se transformer. C’est un sujet de l’expérience.
3) Le souci de soi : n’allez pas croire que le « connais-toi toi même » socratique soit la parole grecque fondamentale ! Se soucier de soi, c’est se soumettre à des exercices, non pour mieux se connaître, mais pour intensifier le rapport à soi. Il n’y a pas d’intériorité, ni d’intimité grecque. L’intimité du sujet se construira dans les pratiques de confession chrétienne. Les techniques stoïciennes, quant à elles, construisent une extériorité éthique, sujet de l’action politique.

Ces notions ont comme intérêt de nous faire sortir de deux grandes matrices :
- la matrice pratique de la confession chrétienne qui va du côté du « qui suis-je ?», d’une construction d’une intimité, d’une psychologie, d’une quête de l’identité de soi,
- la matrice théorique du questionnement transcendantal qui va du côté du « que puis-je connaître ? », d’une certaine histoire de la philosophie, du sujet comme instance de connaissance.

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