Christiane Vollaire

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La diagonale du fou Sur Les Collages de Karl Waldmann (dir. Jean-Philippe Cazier)


(Tous droits réservés)

La diagonale du fou Sur Les Collages de Karl Waldmann sous la direction de Jean-Philippe Cazier, ed. Janninck, (Paris) et Artvox (Bruxelles), 2010, 168 pages.

 EXTRAIT PARU DANS LA REVUE PAPIER

"[...]Un bel objet pour un mystérieux sujet. Ce livre sur les collages de Karl Waldmann, bien conçu et bien fichu, semble épouser les diagonales de son oeuvre : des perspectives largement ouvertes sur l’histoire de l’art moderne autant que sur l’histoire tout court. Mais aussi des agencements de textes qui constituent autant d’effets de montage. Jean-Philippe Cazier, philosophe et collaborateur de Chimères, a réuni ici les contributions d’un critique d’art, d’un chercheur en esthétique contemporaine, d’un spécialiste des avant-gardes, d’un physicien et d’un artiste, pour interroger l’oeuvre de KW, artiste allemand dont les principaux repères biographiques s’écrivent au conditionnel : il serait né à Dresde, dans les années 1890, et aurait disparu dans un camp de travail soviétique à la fin des années 1950. La découverte de cette oeuvre s’est faite en 1989, dans le contexte de la chute du mur, à Berlin, sur le « marché des Polonais » où les  ressortissants de l’Est venaient faire brocante. On pourrait imaginer que celui qui avait pu fuir l’antisémitisme nazi n’ait pas pu échapper à l’antisémitisme stalinien. L’impact des images est fort, et parfaitement mis en valeur par une maquette nette et une typographie originale, évoquant clairement la période des avantgardes

des années 1920-1930, dont Waldmann est manifestement un représentant. Sous le signe dominant du rouge et du noir, la couverture nous offre le pastiche pastiche d’une oeuvre célèbre de Félicien Rops, tirant ainsi une sorte de trait d’union entre la décadence post-romantique et les avant-gardes.

Jean-Philippe Cazier évoque à juste titre les figures de Raoul Haussmann et Hannah Höch en Allemagne, pour l’esthétique du collage issue du mouvement dada ; ou celle de Rodtchenko en URSS, pour les orientations manifestement constructivistes de ce travail. La visée est politique : anti-nazie ou antistalinienne.

Mais, les oeuvres n’étant pas datées, et le parcours de l’artiste très énigmatique, les lacunes de la biographie augmentent la difficulté de l’interprétation des images, de facture simple et formellement équilibrées. On pense évidemment aux très célèbres collages antinazis de John Heartfield, redoutablement percutants

et efficaces, avec lesquels ceux-ci présentent de fortes analogies. Mais la ligne esthétique de Waldmann est plus épurée, et sa ligne politique plus tangente, plus diagonale, que la ligne frontale de Heartfield. [...]"

Biopolitiques ?

Les termes de biopouvoir et biopolitique ont été créés par Foucault dans le milieu des années soixante-dix : c'est en 1976 qu'ils apparaissent, dans la rédaction parallèle de La Volonté de savoir et du cours au Collège de France "Il faut défendre la société". Les deux termes naissent en même temps, à une page d'écart :
Il faudrait parler de "bio-politique" pour désigner ce qui fait entrer la vie et ses mécanismes dans le domaine des calculs explicites, et fait du pouvoir-savoir un agent de transformation de la vie humaine. 
Une autre conséquence de ce développement du bio-pouvoir, c'est l'importance croissante prise par le jeu de la norme aux dépens du système juridique de la loi.

Ce numéro de Chimères ne souhaite pas faire une exégèse foucaldienne, mais plutôt interroger l'actualité critique et polémique de ces termes, dans cette deuxième décade des années deux mille.  C'est-à-dire questionner leur validité pour interpréter et qualifier les rapports contemporains du corps au pouvoir, les lieux de focalisation où s'exerce cette prise sur le corps comme mode d'assujettissement. Et d'abord de façon très concrète.

Entretien avec Nell Painter

Voir aussi :http://www.nellpainter.com/

Extrait de l'entretien paru dans la revue papier

New Russia, Elisabethtown, Vendredi 20 août 2010, Nell Painter

Professeur émérite d'Histoire américaine, à l'Université de Princeton

Auteur de The History of White People, publié en mars 2010 aux USA 

(...)

6. Une part centrale de votre ouvrage est consacrée à cette figure d'Emerson, et vous insistez sur un point paradoxal : son anti-esclavagisme, pour lequel il est connu, n'est pas du tout corrélatif d'un anti-racisme.  

Pour Emerson, l'esclavage est un crime contre la civilisation, c’est-à- dire, contre la civilisation des hommes blancs. Emerson ne s'intéressait guere aux Noirs : pour lui, les classes laborieuses (noires en particulier) font partie de ce qu'il appelle "le guano". Il écrit dans son Journal en 1851 :

The absence of moral feeling in the whiteman is the very calamity I deplore. (…) The captivity of a thousand negroes is nothing to me. 

Entretien avec Russel Banks


Extrait de l'entretien paru dans la revue papier

Entretien avec Russell Banks

Propos recueillis par Christiane Vollaire à Keene (USA), le 13 août 2010, revus par Russell Banks et traduits de l’américain par Manola Antonioli

Russell Banks, l'un des grands romanciers américains actuels, est l'auteur en particulier, outre Cloudsplitter et The Darling dont il est question dans cet entretien, de Trailerpark, Continental Drift (Continents à la dérive), Affliction, The Sweet hereafter (De beaux lendemains), tous traduits en français aux éditions Actes Sud. Plusieurs de ses romans sont adaptés au cinéma. 

Il a été président du Parlement international des écrivains de 2002 à 2004, et a fondé The North American Network of Cities of Asylum, visant à établir des lieux d'exil pour les écrivains menacés. Il vit dans les Adirondacks, à l'Est des USA (Etat de New-York).

C.V. Vous avez écrit Cloudsplitter  en 1999, autour du personnage de John Brown, abolitionniste blanc qui a été pendu en 1859 pour avoir choisi l’action violente contre l’esclavage. Et, en 2004, vous avez écrit The Darling , au sujet de la guerre du Libéria à la fin du XXe siècle. Deux périodes différentes, l’une passée, l’autre contemporaine. Deux pays différents, l'un sur le continent américain et  l'autre sur le continent africain. Et pourtant, il semble y avoir un lien très fort entre ces événements différents et ces contextes différents.

Il y a de nombreux liens. Et surtout des liens historiques que j’ai découverts pendant l’écriture de Cloudsplitter. En effectuant les recherches pour ce roman, j’ai commencé des lectures sur l’« American Colonization Society », qui fut à l’origine de la fondation du Libéria en Afrique avec des esclaves affranchis afro-américains entre le début des années 1820 et 1835, quand le Libéria devint une soi-disant république, et ensuite jusqu’à la Guerre de Sécession et à l’Émancipation.

En Amérique, il y avait des blancs abolitonnistes dans le Nord et des blancs propriétaires d’esclaves dans le Sud qui, dans des villes comme Philadelphie, New York ou Boston, avaient dans un certain sens un problème racial commun. Au début du XIXe siècle des esclaves affranchis et des fugitifs, en nombre croissant, commencèrent à arriver et à s’installer dans les villes du Nord et dans les villes frontalières. Ils constituaient une menace pour les deux parties.

Premièrement, leur présence mettait en danger l’image de l’Amérique comme une nation blanche. C’était le début de la tempête, un aperçu du futur : un Etat multiracial. Deuxièmement, puisque les esclaves affranchis commençaient à avoir un bon niveau d’éducation, à devenir de bons chrétiens, à fonder des écoles et à créer des affaires florissantes, c’était de plus en plus difficiles pour les esclavagistes d’affirmer que les noirs étaient des « sous-hommes ». Et naturellement ces communautés noires qui réussissaient, qui prospéraient, alimentaient le rêve de la fuite vers le Nord.

Dans ce contexte, l’idée de les réexpédier en Afrique commença à paraître une solution pour les deux côtés. Pour les abolitionnistes, qui étaient contre l’esclavage pour différentes raisons, mais qui voulaient néanmoins que l’Amérique reste une nation blanche, et qui considéraient malgré tout les Noirs comme une race inférieure ; et pour les partisans de l’esclavage au Sud, qui voulaient se débarrasser  de ces exemples positifs de noirs affranchis ou fugitifs vivant sur leurs frontières. Plusieurs citoyens distingués souscrirent à cette proposition, y compris le neveu de George Washington, et Francis Scott Key, un avocat auteur de notre hymne national. Et même, au début de sa carrière politique, Abraham Lincoln. Ils étaient tous des partisans de l’« American Colonization Society », comme ils l’appelaient. En plus des esclaves libérés, ils voulaient éloigner également un grand nombre d’esclaves « difficiles », des jeunes hommes pour la plupart, considérés par leurs maîtres comme potentiellement violents ou susceptibles de s’échapper. On leur donna le choix entre rester esclaves, ou être bannis en direction de l’Afrique. Évidemment, beaucoup d'entre eux choisirent le bannissement.

La fabrique de la Nation

Voir aussi : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205

Schlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Champs-Essais, Flammarion, 2010

Ce livre, paru en Israël en 2008, œuvre d'un historien israélien dénonçant le concept même d'une « histoire juive », est une arme à plusieurs détentes. Dénonciation d'un mensonge historique, dénonciation d'un discours de propagande masqué en discours scientifique, dénonciation des pressions exercées politiquement pour accréditer ce discours.

Ce discours est celui d'une origine ethnique commune du peuple juif, telle qu'elle est présentée par le récit biblique, et telle qu'elle sert de fondement à l'institution de l'Etat d'Israël comme retour à la Terre promise, et accès à la protection d'une diaspora persécutée.  

La fonction qu'il attribue à ce constat historique de mensonge est bien sûr radicalement critique à l'égard de l'essence de l'Etat d'Israël, non de son existence :

J'espère contribuer à changer le caractère ethnocentrique et antidémocratique de cet Etat .

Mais, ce faisant, l'historien fait surgir un double et redoutable paradoxe : cette reviviscence des archaïsmes religieux se fait sous l'impulsion des idéologies modernes de l'Etat-Nation ; et de ce fait, c'est l'origine même de ceux-ci qui doit être questionnée, à partir du cas non pas exceptionnel, mais au contraire de ce fait parfaitement emblématique, de l'institution d'Israël.   

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