Loi

warning: Creating default object from empty value in /var/www/vhosts/revue-chimeres.fr/httpdocs/drupal_chimeres/modules/taxonomy/taxonomy.module on line 1387.

Deux cas exemplaires

Extraits de l'article paru dans la revue papier

"(...) Que la loi soit toujours la raison du plus fort, nul n’en doute, et personne ne veut le dire. Pas plus que l’on n’ose admettre qu’un enfant enlevé puisse pleurer la mort de son ravisseur, et garder en lui-même une parfaite lucidité, un serein équilibre. Nous l’exigeons abattu, traumatisé, déconstruit. La victime par principe, l’éternelle victime.
Il faut qu’il ait à se retrouver, à se reconstruire. Telle est la volonté des psychiatres, telle est la Loi. Là où elle a parlé, la réalité s’efface. Ou elle s’y conforme, ou elle est niée. Depuis quelque temps et de plus en plus, les psychologues, les psychanalystes imposent, à toute occasion, ce déni; imposent leur loi, La Loi. Leurs diktats sur le réel, sur les évidences les plus sincèrement éprouvées et affirmées, ont force de loi.
La loi protège, la loi répartit. Ceux qui s’y conforme et ceux qui la violent. Elle distingue les coupables et les victimes.
Naguère – car il y a peu de temps, en fait, que cela s’est infléchi en ce sens, et la courbe n’a fait que s’accentuer de plus en plus - la loi s’intéressait surtout aux coupables. Elle a commencé à se pencher sur les victimes. Depuis, quelle inflation, quel torrent !
Remarquable illustration de cette existence non existante entre vie et mort : la victime, être en sursis, est la confirmation du bien-fondé de la loi et de sa toute-puissance.

***

Et puis, tout à coup, Natascha Kampusch. Une victime évidente qui refuse de l’être. Du moins de se reconnaître, de se proclamer telle. Qui, loin de chercher secours auprès de la Loi et de ses supporters, se maintient en elle-même, garde son secret. Quelle stupeur universelle, quel scandale ! C’est tout juste si l’on ne va pas crier Haro ! sur le baudet. Branle-bas de combat chez les paparazzi, réserve offusquée ou pincée des experts. Pas de transcendance de la Loi, voyons donc ! Ce n’est pas tolérable. Elle est encore trop traumatisée, ça viendra.
Mais non, ça n’est pas venu, et sans aucun doute, ça ne viendra pas.
Pas de transcendance de la loi, comme on se plaît à dire et comme on l’impose. Pas de loi transcendante. Les lois, quand il en existe, ne sont toujours que les rapports  (parfois nécessaires, le plus souvent contingents) « découlant de la nature des choses ». On n’a jamais dit ni écrit mieux que Montesquieu qui, on s’en souvient, en avait établi la formule. Et ce qui fait la beauté du cas de Natascha, c’est que ces rapports-là, en cette occasion, ne sont pas arrivés à créer la victime tant attendue ? (...)"

Syndiquer le contenu