Mort

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Politique des Zombies : l’Amérique de Georges A. Romero

 
Coordonné par Jean-Baptiste Thoret, Ellipses éditions, 2007

Les réalisateurs de « films cultes » ou de « classiques du genre » mettent du temps à acquérir leurs galons d’auteurs. Ils n’ont d’abord droit qu’aux hommages ravis des connaisseurs, des fans et des collectionneurs, qui ne partagent leur enthousiasme qu’entre eux, sous la forme d’un savoir de spécialistes dont l’ésotérisme a bien souvent pour but de cacher la bêtise. De plus, faire des films de « zombies » n’était pas, jusqu’à ill y a peu, le moyen le plus sûr d’attirer l’attention du critique sérieux. Georges A. Romero, malgré et à cause de son cultissime premier film La Nuit des morts-vivants (1969), n’a donc jamais vraiment suscité l’exégèse. Or voici qu’aujourd’hui les zombies se sont blockbusterisés : ils ont envahi les multiplexes et dévoré les colonnes chics des magazines culturels. L’admiration béate de quelques uns pour le père du mort-vivant moderne est désormais largement partagée, même si toujours aussi béate.

La petite fille et la mort


Extrait de l'article paru dans la revue papier.

QUELQUE CHOSE arrive à la petite fille de trois ans. La mort surgit – celle de sa mère, morte dans un accident de voiture. Ponette, blessée dans l’accident, hospitalisée, porte durant tout le film un morceau de linceul, un plâtre blanc autour de son bras cassé. C’est que la mort est d’abord une force qui brise, qui casse le corps. La mère est « toute cassée », « la poitrine toute cassée », et Ponette porte au bras le signe de la mort, comme une marque de la mort qui est là. Mais la mort casse aussi la pensée, l’entraînant vers d’étranges profondeurs, des obscurités qui sont aussi la chance d’une lumière paradoxale de la pensée. Ce n’est pas Ponette qui meurt, pourtant la mort est ce qui l’a cassée, c’est ce qui lui arrive, l’événement inséparable de sa vie. La mort est rencontrée (accident) et cette rencontre involontaire est celle d’une force que Ponette subit. Doillon filme les signes et effets de la mort dans le corps et l’esprit de l’enfant : ses pleurs, ses regards, sa voix, ses attentes immobiles, ses pensées et paroles sont autant de signes de la mort qui l’a saisie, c’est-à-dire de la force qu’elle subit. La mort arrive comme phénomène qui arrête le vivant, mais aussi comme force qui affecte ceux qui restent en vie. Deleuze écrit que c’est l’organisme qui meurt, pas la vie. Il s’agit bien de cela : la mère meurt, l’enfant subit cette mort comme une force vivante, un affect à travers sa vie, son corps et son esprit. On se demande alors ce que peut être la vie (non pas l’organisme) lorsqu’elle rencontre l’événement de la mort, lorsqu’elle est traversée par la mort comme événement. De ce point de vue, Doillon ne s’intéresse pas à la métaphysique (qu’est-ce que la mort ?), mais à l’éthique, à la vie, au corps et à l’esprit avec la vie.

Morts-vivants / le tiret des soupirs

 
Morts-vivants
Je vous propose de vous arrêter sur le muet !
Ce tiret, bref, précis et indécis… bref !
La coupure silencieuse sur une partition musicale,
Ce tiret placé sur la portée, nommé : « une pause », est le signe du temps qui vaut deux demi-pauses, quatre soupirs…
Espace de soupirs… Lien, séparation, superposition, conjonction, disjonction ?
Espace-temps

Contrairement à la codification musicale, le tiret des morts-vivants est une Trajectoire incertaine, dont le déroulement ne saurait être déterminé, ni le résultat acquis par avance.

Ligne fictive, accompagnée d’un sentiment d’irréalité qui met en tension et en face à face les deux figures de la mort et de la vie.

Figures ? Ont-elles un visage à partir duquel elles se dissocient ou s’associent ?

Le tiret s’allonge, ou se réduit : ces figures, toutes deux mêlées, jusqu’au jour où l’une vue de face, trace le profil de l’autre. Les plans se superposent, l’un grignotant sur l’autre… et ce sont les visages des autres qui servent de révélateur à la transformation ou bien l’absence de ces visages attendus qui nous rendent les silences entendus… modulation des traits au gré du temps étiré ou brusquement rétracté par la force d’un cataclysme…

Tiret ! Tirez !!!!

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