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Larry Clark : Le corps du délit



(Tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Biographie

Larry Clark (LC) est né en 1943 à Tulsa, Oklahoma, petite ville perdue dans le Midwest Américain.
Dès l’âge de 12 ans, il est sensibilisé à la photographie par sa mère, qui fait du porte-à-porte comme photographe de bébés. Très vite LC l’assiste, fait lui-même des prises de vues. Il apprendra plus tard, vers l’âge de 18 ans, la photographie dans un cours technique dont les locaux sont dans les sous-sols d’une école d’art à NYC. Il vit dans cette ville dès la fin des années 50, mais fera des retours réguliers à Tulsa.
Par ailleurs dès l’âge de 16 ans, il se shoote aux amphétamines avec ses copains. Lors de son premier retour à Tulsa en 1963, il constate avec surprise que même dans une petite ville perdue, ses copains consomment autant de drogues qu’à New-York, se piquent à l’héroïne et font des soirées de sexe et de drogue. Il a son Leica avec lui et commence à faire des photos :
"Un jour, j’ai eu cette sorte de révélation que je pourrais photographier mes amis parce que je n’avais rien vu qui leur ressemble. Nous sortions des années 50 où tout était réprimé et à l’époque, en Amérique, on ne parlait jamais de drogue. Ce n’était pas censé exister, et pourtant ça existait… C’est un peu comme si je n’avais pas eu mon appareil, c’était du genre « Larry qu’est-ce que tu as fait de ton appareil »… Ça faisait partie de la scène, c’était très organique, on ne se posait pas la question de savoir si les photos allaient être montrées ou publiées. C’était très intime."
LC revient à Tulsa en 1968 avec l’intention de faire un film, il fait quelques prises, mais n’a pas les connaissances techniques, pas d’équipe ni de budget. Il continue les photos. Dernier retour à Tulsa en 1971, et publication du livre Tulsa la même année chez Lustrum Press, la maison d’édition du photographe new-yorkais Ralph Gibson.
Le livre est un choc, une révélation à l’époque, et LC apparaît immédiatement comme un « passeur de la contre-culture américaine des années 70 » selon Brian Wallis, conservateur de l’ICP à New-York en 2003.
En 1974, LC est traîné en justice pour avoir menacé de mort avec une arme à feu l’un de ses copains, qui a porté plainte. L’affaire ne semble pas claire, les menaces réciproques, mais il semble que Tulsa ait joué en sa défaveur au procès. LC est condamné à 4 ans de prison, plus un an pour port d’arme illégal. Cette expérience le brise.
Il réapparaît en 1983, avec la sortie de Teenage Lust chez Meriden Gravure (Meriden, Connecticut), livre où il reprend des photos de Tulsa, ainsi que d’autres, faites à cette époque mais non publiées. Mais surtout, il introduit dans le sous-titre (An Autobiography) une dimension autobiographique manifeste (et sélective : il passe sous silence son séjour à l’armée en 65-66). Le livre débute en outre par une photo de lui bébé comme référence à la mère. Et il inclut des coupures de presse concernant des faits-divers relatant les ennuis avec la justice de certains des copains figurant dans ses photos, notamment sa propre arrestation chez Jacky Dean Johnson en 1968. Celui-ci détient de la marijuana et sera condamné à plusieurs années de prison.
Dans les années 80, LC a un studio de photographe à New-York, et continue de photographier des adolescents, notamment des jeunes prostitués qu’il prend nus et en érection. Pour lui il ne s’agit pas d’une question de pédophilie ou d’homophilie, mais simplement il dit s’identifier à eux, il se sent comme ça et il voudrait avoir toujours cet âge.

Action... la peur au ventre. Entretien avec ZEVS

Stéphane : J'aimerais te poser une question sur ce que je comprends de l'évolution (je ne sais pas si le terme est juste, j'y reviens) de ton travail tel que tu me l'as présenté et tel qu'on le comprend dans le catalogue de l'expo «Electroshock» que tu as faite à l'occasion d'une expo au NY Carlsberg Glyptotek de Copenhague.
Tu m'as raconté qu'enfant d'une dizaine d'années, tu faisais, «entre l'école et la maison», des tags de ta signature. Puis, dans les années 93-94 (tu as alors, si mes calculs sont bons, autour de 17 ans), devant la «seconde vague de tags à Paris» qui ne laissait plus suffisamment de place pour que tes tags soient visibles, tu as eu l'idée, t'inspirant de la force des publicités urbaines, de passer d'un nom de tag à un logo que tu as multiplié dans toute la ville - tu intègres donc alors ton activité de tagueur dans une démarche qu'on pourrait qualifier d'"artistique". Outre la séquestration d'une image de publicité pour un café italien qui t'as fait connaître du grand public, le nom de Zeus est maintenant associé aux ombres portées du matériel urbain (nous en avons reproduite une dans ce numéro) ou aux «logos liquidés» (comme celui du M d'un fast food franchisé que nous avons également dans ce numéro). Tu m'as dit, à propos de ce type de travail, que tu allais «dans le sens de la ville». Tu as également fait ce que tu appelles les «graffitis propres» où, à travers un pochoir, tu passes une partie de mur au Kärcher, le tag devenant la partie propre du mur - tu m'as d'ailleurs expliqué qu'il s'agissait d'un «retournement» obligeant notamment les entreprises de nettoyage des graffitis, pour effacer ledit tag, à nettoyer le mur entier (tu parles du «retournement» de la question de la «dégradation de la ville», le tagueur poussant les instances urbaines à poursuivre un début de nettoyage de la ville dont il est l'initiateur). Je suis désolé de ce long déroulement que j'opère, mais il est important pour te poser ma première question: le parcours que j'ai construit à partir de nos discussions est-il l'histoire (l'évolution?) d'un jeune tagueur lambda (comme les CHIZ et 1CPLK qui nous ont fait la couverture du numéro) qui est devenu un artiste reconnu comme tel (institutionnalisé) ?

Zeus: Oui. En 1992, j'évite de justesse de me faire écraser par un RER alors que je tague dans un tunnel en banlieue parisienne. Sur le train silencieux, je lis «Z-E-V-S». Ca m'avait vraiment marqué, c'était comme imprimé sur ma rétine. Du coup j'ai retourné la situation en me servant de ce nom pour marquer la ville. C'était un très bon tag pour s'inscrire haut et fort dans l'espace public.

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