Luca Paltrinieri

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L’équivoque biopolitique



(Rendre les) Centre de Retention (humains...) par politistution

Extrait de l'article paru dans la revue papier

 "L’expérience montre qu’on peut et qu’on doit refuser le rôle théâtral de la pure et simple indignation qu’on nous propose”. 

Michel Foucault

“Biopouvoir fait partie de ces termes qui éveillent l’esprit critique et le paralysent aussitôt" Bruno Latour

  I. Le 30 juillet 2003, un groupe d’immigrés s’est évadé d’un centre de rétention italien après avoir mis à feu quelques matelas. Le journal télévisé de la RAI, principal émetteur étatique, a donné la nouvelle en précisant que les containers qui hébergeaient les immigrés étaient équipés de « climatisation, téléphone et télévision ». Cette précision aurait du, en quelque sorte, rassurer le téléspectateur sur le fait que l’Etat avait fait son devoir en assurant des conditions de survie tout à fait impeccables à des individus auxquels on ne reconnaissait ni le droit à la citoyenneté, ni quelque droit politique que ce soit. L’existence politiquement qualifiée qui fait d’un homme ou d’une femme un humain, le bios, leur était désormais déniée, tandis qu'on assurait à ces non-humains les conditions d’une survie, de ce que l'on jugeait relever d'un confort, celui-ci fut-il non politique. 

Dans son étrange histoire du couplage entre le jeu de la cité et du citoyen et le jeu du berger et du troupeau, plusieurs fois l’Etat moderne a été un mauvais berger et n’a pas réussi à assurer le bien-être de ses brebis. Celles-ci continuaient néanmoins à être ses citoyens. Aujourd’hui, avec la prolifération, en Italie et en Europe, de ces espaces d’exceptions que sont les centres de détention temporaire, on assiste à une scène inversée où l’Etat assure, apparemment, tous les soins que l'on peut exiger d'un bon berger, sans pour autant reconnaître un quelconque droit de citoyenneté à des brebis qu'il expose à la certitude de l’expulsion, sinon à l’effacement pur et simple de leur existence politique. Toutes les commodités vous sont ainsi accordées, mais à condition que vous n'exigiez pas d’être comptés politiquement. Cette condition paradoxale rend possible la création d’un nouveau lumpenprolétariat dépourvu de droits civiques élémentaires mais censé vivre et travailler sur le sol national, au prix de toute une série de chantages portant notamment sur les salaires, les conditions de travail, les risques d'être arrêtés par la police, etc.

Orbis Tertius # 1



Extraits de l'article paru dans la revue papier

"(...) Peut-on apprendre à désobéir ?
Cette curieuse question est apparue avec des groupes comme les « désobéissants » (version française) et leur Manifeste, en quête de nouveaux modes d’action se centrant sur un certain type de détournement : pensant à juste titre que les manifestations et mobilisations traditionnelles perdent progressivement tout caractère opératoire, il s’agit de penser d’autres formes de lutte. Ils vont jusqu’à dispenser une formation en organisant des stages « d’action directe non violente », mais parviennent ainsi à se protéger, entre autres, de l’accusation de « délit de rébellion ».
Aujourd’hui, la désobéissance s’est introduite dans l’institution. On n’apprend pas à être désobéissant, on l’est, de fait, quand on souhaite encore exercer son métier. Et les désobéissants sont de plus en plus nombreux: professeurs, instituteurs, travailleurs sociaux, personnels hospitaliers, psychiatres, personnels Anpe, Assedic etc. C’est ainsi que l’une des fondatrices du mouvement Mp41 a pu définir, lorsque je lui ai posé la question, ce qui, de son point de vue, signifiait désobéir dans le cadre de son travail : « préserver le secret professionnel, accueillir toutes les personnes qui se présentent à nous et ne pas les refouler sous prétexte qu’elles ne peuvent pas justifier, par exemple, de vivre depuis plus de 6 mois dans le secteur -ce type de protocole posant évidemment problème avec les sans-domicile fixe »… Elle m’expliquait comment on ne recevait plus les personnes qui demandaient de l’aide, en les renvoyant dans d’autres institutions, qui, à leur tour, les renvoyaient vers d’autres, à l’infni. « On organise l’errance des personnes », me dit-elle.
On peut rester perplexe face à « L’appel des appels » qui fait suite à « La nuit sécuritaire », et à « l’appel des 39 », lorsque des médecins chefs qui ont été complices durant des années des réformes progressivement mises en place, rallient aujourd’hui le mouvement parce que Sarkosy leur enlève leur titre sur leurs belles blouses blanches… ou lorsque l’on a suivi de près les rencontres, regretter la tournure qu’a pris progressivement le mouvement avec cette volonté, à présent consentie, d’un inévitable soutien des syndicats, et du coup d’une récupération stalinienne. Certains s’inquiètent toujours de l’explosion de mouvements dits « spontanés », « anarchiques », tout mouvement devrait inévitablement trouver sa voie institutionnelle et syndicale. Cette position s’est fait entendre à l’intérieur du mouvement lui-même : pour certains, elle renvoie déjà à une fatigue de tenir un dispositif qui était à l’origine effectivement informe ; pour d’autres à un manque de confiance qu’un mouvement de ce type puisse avoir, sans l’appel aux syndicats, un impact quelconque, une traduction politique concrète. En même temps, le terme « spontané » est-il vraiment adéquat quand une personne travaille depuis plus de 20 ans dans le service d’une institution, qu’elle a dû progressivement s’adapter aux réformes, obéir aux nouvelles circulaires scélérates jusqu’à ce qu’à un moment donné, le sentiment d’intolérabilité soit atteint ? (...)"

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