Rémi Hess

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Sur la théorie des moments. Explorer le possible

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Entretien de Sandrine Deulceux avec Rémi Hess

"(...) Remi Hess : H. Lefebvre (1901-1991) explique dans La somme et le reste (1959), publié après son exclusion du Parti, qu’il a hésité trente ans avant de publier sa théorie des moments, car il craignait qu’on ne le taxe d’idéalisme, à l’intérieur du Parti communiste. Lefebvre a toujours été marxiste, mais être philosophe marxiste, à l’intérieur du Parti, n’était pas sans poser quelques problèmes, car le Parti estimait que c’était au comité central de définir la pensée du Parti… Or, Lefebvre voulait, tout en étant militant, rester un philosophe quand il faisait de la philosophie, et réclamait donc une autonomie, un espace, un moment philosophique, sur lequel les politiques n’avaient pas à intervenir… Une lutte oppositionnelle sur cette question opposa très tôt Lefebvre aux dogmatiques, à l’intérieur du Parti, et il supportait mal de devoir se censurer. Car, avant même sa lecture de Hegel et Marx, cette théorie des moments lui tenait particulièrement à cœur dès 1923, année où il écrit une Philosophie de la conscience qui n’est toujours pas publiée.

Sandrine Deulceux : Ainsi, son vécu du Parti a-t-il toujours été une tension sur la possibilité de vivre son moment philosophique ?

Remi Hess : Oui. Et cela nous concerne, dans la mesure où beaucoup d’institutions se comportent aujourd’hui vis-à-vis des personnes comme le Parti de cette époque : les dogmatiques sont partout, et l’on exige une adhésion totale à l’organisation. On trouve cela déjà dans le Que faire ? de Lénine, en 1902, et il y a comme une parenté de cette posture avec celles de Taylor, au même moment, en ce qui concerne l’entreprise. Il faut s’aliéner à l’organisation. Lénine a besoin de « révolutionnaires professionnels », comme l’école d’aujourd’hui veut former des professionnels de la pédagogie, et avoir des élèves surimpliqués : on se lève à 6 h en campagne, prendre le bus de ramassage scolaire pour aller au collège, on rentre à 18 h avec des devoirs à faire. Une bonne partie de la société semble enthousiaste du « tout-école ». On est ainsi sûr que son enfant est bien encadré ! Dans les institutions totales, la personne est invitée à y travailler, s’y marier, y prendre ses loisirs, etc. Or, H. Lefebvre montre que l’homme de l’organisation est un être aliéné.

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