Pierangelo Di Vittorio

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For your own good, La biopolitique racontée par J.G. Ballard


Extrait de l'article paru dans la revue papier 

 Note de la rédaction:

Cet article est une nouvelle version de l’entrée « Salute pubblica » (« Santé publique »), dans le Lessico di biopolitica (Lexique biopolitique), publié sous la direction de R. Brandimarte, Rome, Manifestolibri, 2006.

Traduit de l’italien par Manola Antonioli. 

" « Dans une société totalement saine, la seule liberté est la folie », peut-on lire dans le roman de J.G. Ballard Running Wild1. Il s’agit d’une affirmation sombre et à première vue énigmatique, mais qui pourrait être lue comme une synthèse fulgurante du lien entre les politiques de santé publique et les pratiques libertaires dans l’histoire moderne, d’une confrontation toujours pas terminée et dont il faut donc incessamment continuer à déchiffrer les résultats.

L’uniforme e l’anima. Inchiesta sul vecchio e nuovo fascismo, Edizioni Action30, Bari 2009

En Italie, entre 2005 et 2006, un groupe de chercheurs et d’artistes s’est rassemblé autour d’une hypothèse visionnaire: « Et si nous étions en train de vivre une étrange répétition des années 20-30 du siècle dernier? ». Hypothèse suivie de suite par une autre se présentant presque comme son corollaire : « Et si encore une fois, dans ce processus d’effritement de la démocratie, l’Italie se retrouvait en quelque sorte à l’avant-garde ? ». À partir des ces questions, s’est constitué le collectif Action30, dont le but affiché est de repérer les nouvelles formes de racisme et de fascisme en se servant des premières décennies du XX siècle comme d’un miroir, ou comme d’une loupe. Cette interrogation sur ce que, faute de mieux, on pourrait appeler le « retour du fascisme » s’était déjà manifestée au début des années 1990 : après la chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement du bloc communiste, on avait assisté à l’émergence de violentes pulsions identitaires se teignant tour à tour de nationalisme, de racisme et de fanatisme religieux. Dans le cas du collectif Action30, le contexte dans lequel a surgi ce questionnement fut plutôt la puissante vague sécuritaire qui suivit l’attentat du 11 septembre 2001 et, plus particulièrement, la situation qui s’est créée en Italie après la mise en place du quatrième gouvernement Berlusconi en mai 2008. C’est comme si, tout à coup, les spectres s’étaient matérialisés en nous plongeant dans une atmosphère ayant l’aigre goût du déjà-vu. Le 13 août 2008, Umberto Eco publie sur L’espresso un article intitulé « Rinasco, rinasco nel 1940 ! » où il se fait le porte-voix d’un malaise qui s’est rapidement propagé en Italie : la sensation de se réveiller à l’improviste dans un monde lui rappelant étrangement celui de son enfance (il est né en 1932).

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