Biopolitique

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L’équivoque biopolitique



(Rendre les) Centre de Retention (humains...) par politistution

Extrait de l'article paru dans la revue papier

 "L’expérience montre qu’on peut et qu’on doit refuser le rôle théâtral de la pure et simple indignation qu’on nous propose”. 

Michel Foucault

“Biopouvoir fait partie de ces termes qui éveillent l’esprit critique et le paralysent aussitôt" Bruno Latour

  I. Le 30 juillet 2003, un groupe d’immigrés s’est évadé d’un centre de rétention italien après avoir mis à feu quelques matelas. Le journal télévisé de la RAI, principal émetteur étatique, a donné la nouvelle en précisant que les containers qui hébergeaient les immigrés étaient équipés de « climatisation, téléphone et télévision ». Cette précision aurait du, en quelque sorte, rassurer le téléspectateur sur le fait que l’Etat avait fait son devoir en assurant des conditions de survie tout à fait impeccables à des individus auxquels on ne reconnaissait ni le droit à la citoyenneté, ni quelque droit politique que ce soit. L’existence politiquement qualifiée qui fait d’un homme ou d’une femme un humain, le bios, leur était désormais déniée, tandis qu'on assurait à ces non-humains les conditions d’une survie, de ce que l'on jugeait relever d'un confort, celui-ci fut-il non politique. 

Dans son étrange histoire du couplage entre le jeu de la cité et du citoyen et le jeu du berger et du troupeau, plusieurs fois l’Etat moderne a été un mauvais berger et n’a pas réussi à assurer le bien-être de ses brebis. Celles-ci continuaient néanmoins à être ses citoyens. Aujourd’hui, avec la prolifération, en Italie et en Europe, de ces espaces d’exceptions que sont les centres de détention temporaire, on assiste à une scène inversée où l’Etat assure, apparemment, tous les soins que l'on peut exiger d'un bon berger, sans pour autant reconnaître un quelconque droit de citoyenneté à des brebis qu'il expose à la certitude de l’expulsion, sinon à l’effacement pur et simple de leur existence politique. Toutes les commodités vous sont ainsi accordées, mais à condition que vous n'exigiez pas d’être comptés politiquement. Cette condition paradoxale rend possible la création d’un nouveau lumpenprolétariat dépourvu de droits civiques élémentaires mais censé vivre et travailler sur le sol national, au prix de toute une série de chantages portant notamment sur les salaires, les conditions de travail, les risques d'être arrêtés par la police, etc.

For your own good, La biopolitique racontée par J.G. Ballard


Extrait de l'article paru dans la revue papier 

 Note de la rédaction:

Cet article est une nouvelle version de l’entrée « Salute pubblica » (« Santé publique »), dans le Lessico di biopolitica (Lexique biopolitique), publié sous la direction de R. Brandimarte, Rome, Manifestolibri, 2006.

Traduit de l’italien par Manola Antonioli. 

" « Dans une société totalement saine, la seule liberté est la folie », peut-on lire dans le roman de J.G. Ballard Running Wild1. Il s’agit d’une affirmation sombre et à première vue énigmatique, mais qui pourrait être lue comme une synthèse fulgurante du lien entre les politiques de santé publique et les pratiques libertaires dans l’histoire moderne, d’une confrontation toujours pas terminée et dont il faut donc incessamment continuer à déchiffrer les résultats.

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