Anne Querrien

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Une lecture des Trois écologies


Félix Guattari, Les Trois Ecologies, Éditions Galilée, Paris, 1989

Extrait de l'article paru dans la revue papier

À la place du ping-pong du ressentiment, de la bipolarité maladive entre excitation par le dehors et mélancolie familialiste, il faut prendre les choses par le milieu, il faut créer une processualité, une variation continue, devenir un point de la description du monde, une molécule consciente de ses limites et de sa possibilité de les élargir ou de les restreindre en fonction de son mouvement. Mouvement vers l’élargissement, vers la sortie de la prison du moi, vers le partage des qualités de ce moi avec les autres, affirmation tout à la fois de la singularité et de l’égalité, affirmation démocratique actuelle à la différence de l’affirmation démocratique bourgeoise étudiée par Habermas pour laquelle l’homme se distingue de la nature par sa culture.

Le moment actuel de la pensée tire son intérêt du fait que la conscience de la singularité et de l’irréversibilité de la destruction surgit de la contemplation des singularités naturelles et de la vision d’un monde voué philosophiquement à l’égalité entre tous les êtres, y compris animaux, végétaux, minéraux, qui ont droit au même respect, à la même reconnaissance et à la même autonomie de formes que les humains et tous les êtres vivants. On se retrouve ainsi avec une infinité de différences, d’altérités explorables.

Le problème est donc celui de l’écologie mentale et des dispositifs pour la favoriser, l’affirmation que le processus de singularisation est un processus d’apprentissage du monde et de soi-même comme monde, un processus d’apprentissage de l’égalité généralisée, et non de l’égalité dans le ressentiment, comme l’ont fait dégénérer l’école ou le mouvement ouvrier. Deleuze et Guattari font s’interpeller le végétal, l’animal, le minéral, la multitude humaine pour sortir d’une évolution à sens unique ou d’une révolution qui revient au même.

Le nomade n’exploite pas la parcelle du monde dont il est propriétaire ou dont son maître est propriétaire, il n’est pas assujetti à une place, il n’établit pas de correspondance biunivoque entre le vivant et le minéral, la terre. Il se déplace dans un milieu physique dont il respecte les ressources pour un nouveau séjour, il caresse la surface du monde et laisse le minimum de traces. Nomadiser au milieu du monde signifie découvrir sa finitude et sa petitesse, vivre le dénuement de soi, la conscience du rapport à la terre et non à une terre. C’est un agencement mobile et non forcené.

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