Fiction

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Lipodrame - Ou comment j’ai réalisé incertain de mes films

"Il était une fois une coïncidence qui était partie faire une promenade avec un petit accident."
(Lewis Carroll)


En guise de.
Lipodrame est un court métrage de quinze minutes, tourné sans scénario. C’est aussi un film caché dans / pour un autre film à venir (plus long en métrage ; mais quid du métrage avec le numérique ? à méditer).

Cornet : à dés, pistons, acoustique, de frites.
« Faire » des images sans vraiment savoir où / vers quoi elles mèneront. Intuition vague problématique en forme de : spirale ; des disques de vinyle ; des galaxies – au centre, le trou noir dévore tout et poussières et étoiles s’y précipitent – ; tango-vertigo des lavabos et des latrines (plus ou moins étranges histoires trouées telles : un fromage suisse ou la surface lisse d’un espace-temps recomposé), gobant fluides et autres matières pour de longs et poétiques et incessants voyages de jour comme de nuit en de mystérieux tuyaux où guettent toutes sortes de minotaures et êtres aux aguets. Pavillon de l’oreille autre spirale et feuille timbrée à l’affût et tout dans le noir en case départ.

Jeu-dé, jeté-e.
Donc on jette les dés, le hasard et toute la clique de l’éternel retour qui n’en finit pas de revenir ni tout-à-fait-le-même-ni-tout-à-fait-un-autre, on a des musiques, des ritournelles obsessives, des bruits de toutes sortes dans la tête, mais aussi un fantasme de silence, un désir impossible du silence impossible ; une voix viendra, elle vient toujours. Qu’est-ce que c’est au juste, cette, heu, chose ? Il n’y a pas d’histoire, seules des cartes rebattues, redistribuées, combinant des potentialités. Is That Jazz. Est-ce du cinéma. Il y a bien une caméra, des lumières, des acteurs, de la musique et du mouvement – même celui, à peine perceptible, d’une respiration, les battements de cils de deux yeux clos feignant le sommeil. Capture de micromouvements. Voler l’image.
Lipodrame / fiche technique : France, couleur et noir et blanc, 15 minutes, octobre 2013 / un film de Marco Candore / avec Vincent de Larose, Évelyne Neuvelt, Dan Tesk, Ernesto del Vargas, Ivy Velvet, Anaïs Bé, Aude Antanse / musique Alain Engelaere / réalisation et montage Marco Candore et Cherif Filali / une production Mécanoscopesommes.

Je créatique

(Tous droits réservés) 
Extrait de l'article paru dans la revue papier

"Le dispositif de l’illusion
Jusqu’ici tout semblait calme et tranquille, dans l’ordre de la différence ou de la sécurité égalitaire, soigneusement protégé : la surface demeurait lisse et impassible, d’une platitude homogène et sans aspérité – surface doublée d’une carapace défensive massive, compacte , elle-même recouverte d’une armure de façade.
On aurait pu croire que la surface avait comblé le trou noir ou absorbé le blanc du secret brûlant.
On aurait pu croire qu’avec la scène spéculaire et spectaculaire de surface – de blancheur noire – le système des opérations défensives de dénégation s’avérait aboli, inexistant, en provoquant l’amnésie interminable de l’agencement machinique de singularité, de la machine de vide du désir compulsionnel alors infini, incessant,
interminable.
La surface scénique de l’agencement dissimulé donnait l’illusion d’une absence de gouffre, de profondeur  caverneuse, d’une absence d’antre ou d’abîme.
Tout allait bien en surface : une scène d’amour absolu – séparé du désir barré – vectorialisant l’échange d’ignorance, renforçant l’illusion tenace, obstinée : l’illusion érotomaniaque d’être aimé et d’aimer pour être aimé.

Le tourbillon vertigineux
D’un seul coup la scène bascule, la machine de vide se détraque, la surface se fêle, se lézarde, effractée par un retour conflictuel ou une irruption fulgurante. (...)"
 
(Suite dans la revue papier)

La nuit du pangolin

 

Le 24 DÉCEMBRE 2009 au soir - une fiction inspirée de faits réels.

Putain ! Cette nuit, j’étais le dindon de la farce ! J’ai essayé d’aller au théâtre (on donnait l’intégrale de Strindberg au théâtre du Nord-Ouest) sur le conseil d’une jeune amie assistante et comédienne qui, de son côté, passait Noël en famille dans le Jura. Je n’ai pas pris mon vélo comme prévu, la pluie était glaciale. Donc, métro. J’aime bien la rue du faubourg Montmartre, la brasserie Chartier, le Palace fermé. Mis à part ce petit détour touristique, je suis tombée sur une troupe de comédiens à cran, regroupés au fond d’un bar, repliés sur eux, limite agressifs, ne sachant sur quel pied danser ! Nous étions trois spectateurs. Je suis partie pour qu’ils ne se sentent pas obligés de jouer ! Mais, faut être fort dans ce genre de circonstances. Les seules paroles qu’un comédien ait réussies à me sortir, ont été : « Quelle idée de venir au théâtre un soir de Noël ? » Ensuite, j’ai repris le métro, et je suis allée à Notre-Dame écouter une messe de Mozart, à l’orgue, complètement pétée, genre techno, démente, stridente, allumée, stressée comme une scie sauteuse. Il y avait aussi une chorale enchanteresse d’enfants, d’adolescents, et d’adultes, habillés en aubes bleu ciel. Le discours du cardinal était on ne peut plus inconsistant. Il nous a demandé de résister au pessimisme des politiques de droite et de gauche, et de ne pas nous laisser avoir par le catastrophisme des écolos. Il nous a proposé de croire en Dieu et en Jésus son fils notre sauveur... En résumé : la déprime, c’est l’ennemi !

Garde ta joie bébé, je me suis dit, pendant que j’attendais le bus de nuit N13 devant le théâtre de la ville fermé, avec quatre ou cinq adolescents blacks – habillés en tenues de combat, jean sur les hanches, blousons de cuir – qui rentraient sur Bobigny. Non loin de là, juste de l’autre côté de la place du Châtelet désertée, la Seine très haute déroulait sa fureur, la nuit menaçait de faire gouffre.

Le dossier 57-C

Extrait du dossier complet à TELECHARGER ICI  avec le jeu de piste 

« Toute l’écriture est de la cochonnerie. »
Antonin A., schizophrène dangereux à Marseille, Mexico, Ville-Evrard, Rodez, Paris.

"[...] C'est en 2009, à Prague, que London Smooth1 rencontre secrètement Vladimir H.2 par l'entremise de Lenka B., bibliothécaire à Paris. Au cours de l'entretien, qui a probablement lieu en fin de matinée au Grand Café Orient de la Maison à la Madone noire3, H. remet à Smooth une enveloppe de papier brun d'un format 13x21 contenant un manuscrit inconnu de 158 pages noté J.-K. / F.-B.4. Sur le document on peut lire, en exergue, écrit à la main (comme l'ensemble du manuscrit) : « Ne cherchez pas ».

Le texte est constitué de strates, "couches" et sédiments, architecturé en parties / séries répétitives. Sa forme se veut poétique et présente tous les traits du cryptogramme et du jeu de piste5.

L'existence d'un auteur unique est douteuse : si le manuscrit, visiblement inachevé, ne semble comporter qu'un seul type d'écriture, celle-ci peut n'être, tout simplement, qu'un travail de copiste. Quant à sa datation, on peut raisonnablement l'estimer autour des années 1910-1930 - et peut-être s'écoulant sur toute cette période -, mais sans plus de précision ; écrit en plusieurs langues (Allemand, Anglais, Yiddish, Araméen, et au moins trois langues ou dialectes inconnus) les problèmes de traduction sont considérables et ne concourent pas à résoudre le problème6.

Le manuscrit répète cent onze fois une série polyglotte, un procédé, voire une procédure, à chaque fois composé(e) de six "couches évanescentes" imperturbablement ponctuées par une "suite potentielle"6 bis.

Plus étrange, le document n'est pas sans présenter de troublantes similitudes avec plusieurs oeuvres littéraires antérieures ou postérieures au dit manuscrit. Ainsi, la version théâtrale de l'Augmentation de Georges Perec7, composée de six "personnages" / formes rhétoriques plus une septième, la Rougeole, qui sort du cadre de la rhétorique et fonctionne sur le mode de la contamination, de l'excès proliférant ; dans la "neuvième série", la "sixième couche" et sa "suite potentielle" ne sont pas non plus sans rappeler le début de Bouvard et Pécuchet de Flaubert8, mais un Bouvard et Pécuchet atonal, beckettien9 ; la "quatrième couche" peut aussi bien évoquer Finnegans Wake de Joyce50. Les autres séries fourmillent d'exemples tout aussi troublants, où l'on peut tour à tour "reconnaître" (?) Don Quichotte, le Tristram Shandy de Sterne 10, le Coup de dés de Mallarmé, la "canaille" Abou’l-Qâsim Ibn-’Ali al-Tamîmi d'Abou Moutahhar Al Azdi, dans un ouvrage sulfureux du XIème siècle jamais publié dans le monde arabe, seulement édité en langue française à la fin du XXème siècle51. [...]"

Note : les hyperliens des notes continuent le jeu de piste, ce texte est en extension permanente.

Extrait du dossier complet à TELECHARGER ICI  avec le jeu de piste 

Hybris



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Extrait de la nouvelle parue dans la revue papier

"(...) Aussi vite que j’ai pu, j’ai plongé vers le sol en glissant le long des pylônes. Juste assez vite pour voir une Pelletueuse trancher un adversaire et fuir. Étendu sur le flanc, un Mécaïman plisse les yeux tandis qu’à la hauteur de son nombril, le tronc coupé en deux révèle un moteur logé entre les hanches, qui hoquète et patine. Je tire pour abréger sa souffrance. Les yeux mi-clos, la créature se fige dans une teinte gris métal du meilleur effet.
—    T’as pas complètement perdu la main, mon petit Anje, articulè-je tout haut, pour me rassurer.
—    Tuer des blessés n’a rien de noble, chasseur !

La voix vient de la fonderie. La sensation d’avoir pris du 380 volts dans la colonne vertébrale, tellement je tremble. Qui a parlé ? Quoi ?

J’agrippe mon chalumeau main gauche et ma torche main droite et j’avance dans le long couloir qui mène à la fonderie. Silence massif. Au fond, je devine la cuve du haut-fourneau, à ma droite l’atelier et à ma gauche, le plancher de coulée, avec la rigole, où il est si facile de chuter.
—    Approche, chasseur ! me dit la voix.
Le bruit d’une hélice me fait lever la tête. Un moteur me frôle et repart vers les hauteurs de la Halle, un autre fonce en piqué sur moi, je l’esquive de justesse. À la façon d’une batterie de DCA, je m’arqueboute et braque le faisceau de ma torche dans l’enchevêtrement des poutres et des tuyaux. Des ULM ? Non, des corps de femme soudés à des moteurs d’avion et prolongés d’une hélice, qui volent erratiquement et m’attaquent. Je pousse le cran de la torche et tire à la parade. Cinq fois, dix fois…
— Prends ça !
Le bloc, céramifié en plein vol, tombe en vrille sur le sol de brique et y éclate dans un boucan de poterie fracassée. Je n’ai pas le temps de savourer qu’un insecte à type pique — corps de frelon énorme et corne — me charge en sprintant sur ses pieds humains. Jaillit derrière lui deux espèces de motos baroques conduites l’une par une femme sans tête, armée de défenses d’éléphants, l’autre par un centaure à corne de buffle, au sexe dressé, qui fonce sur sa roue avant qu’on croirait chipée à un wagonnet. Je dégaine et les trois monstres viennent rouler à mes pieds, cuit à 1300°C par ma décharge de photons. C’était très limite. La trouille monte. J’ai envie de calter. Deux mutants à carapace de tortue sortent de l’atelier et roulent sur moi. Pas eu le temps de recharger la batterie — je tire mais le flux est trop faible et la première tortue, lancée sur ses quatre roues, m’assène un coup de burin dans les tibias, je hurle de douleur et chute sur les genoux. C’est pas cassé —

J’ai violemment froid, d’un seul coup. Le choc. Je ne cherche pas à bouger, seulement à recharger la batterie de ma torche à coups de moulinets maladroits. Les tortues qui m’ont attaqué ont fini leur assaut dans la rigole de coulée et gisent sur le dos, la mécanique à l’air. Une métaphoreuse avance vers moi, sa drille en rotation. Désespérément, j’essaie de la cuire, mais je prends un coup de foreuse dans l’épaule avant de réussir à immobiliser la pièce, qui s’écroule sur le côté, intacte. Éparpillés sur le plancher de coulée, j’ai désormais une dizaine de cadavres, des sculptures en céramique, cuites à point, intègres, qui feraient un malheur dans n’importe quel musée d’Europe. Si seulement j’arrivais à me relever et à les poser sur le chariot que je vois rangé contre le mur, là-bas ; si seulement j’arrivais à pousser ce chariot sur les briques défoncées et à le pousser encore dans la neige fraîche, jusqu’au truck…
— C’est l’heure ! me dit la voix, qui semble maintenant tomber directement du ciel.
Je me redresse sur une jambe, puis sur l’autre et là, j’entends le bruit caractéristique du coke qui dégringole du haut du gueulard dans la cheminée de la cuve. La soufflerie se met aussitôt en marche et la chaleur monte, monte… Je m’approche, en boitant, du creuset, la chaleur me fait un bien fou, j’approche encore et… La gueule d’un crocodile jaillit d’un bassinet en fonte et me mords à la nuque —

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