Isabelle Stengers

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Antidote, philosopher en contrechamp

Début de l'entretien paru dans la revue papier

« Jean-Clet Martin : Où commencer… d’où partir pour faire œuvre de philosophie ?

 Isabelle Stengers : C’est une question d’une grande ampleur... Pour simplifier, parce que la question de savoir d’où on part ne peut se formuler que chemin faisant, j’ai essayé de « me présenter » dans Cosmopolitiques comme « double » : je suis entrée en philosophie comme « réfugiée politique » en définissant ce champ sur le mode de l’asile, là où des questions qui ne pouvaient être prises au sérieux dans mon « champ » d’alors, la chimie, pourraient être cultivées. Et j’ai rencontré l’efficace propre au texte philosophique qui a suscité un devenir-philosophe. Mais il faisait partie de ce devenir de ne pas oublier que j’étais aussi « réfugiée politique », de garder une position de non-amitié envers le mode de production contemporain des savoirs et de la pensée. [...] »

> Le blog de Jean-Clet Martin : STRASS DE LA PHILOSOPHIE : Hors-champs, Contretemps, Contrefaçons

> Pour un autre entretien paru dans la revue Vacarme : une politique de l’hérésie, réalisé par Stany Grelet, Philippe Mangeot & Mathieu Potte-Bonneville, printemps 2002

Extrait de l'entretien :"(...) À l’époque, j’ignorais encore que j’avais bifurqué vers la philosophie, après la fin de mes études de chimie, pour des raisons qui étaient également politiques. J’avais été déçue, certainement, mais il avait fallu un déclencheur : la lecture des Somnambules d’Arthur Koestler, qui parle de la transformation des conceptions du ciel et du cosmos, depuis les Anciens jusqu’à Newton, et qui se conclut par une mise en cause de la mécanique quantique. Koestler suppose que la physique quantique est dans un état aussi instable que l’était l’astronomie des épicycles née à Alexandrie : qu’elle attend un nouveau Kepler. Je venais de suivre des cours de mécanique quantique et je n’en avais rien soupçonné. Je me souviens m’être dit que s’il arrivait un nouveau Kepler, je serais du côté de ceux qui n’y comprennent rien. Je venais de comprendre que le type de formation que j’avais reçue ne m’éveillait pas aux questions ; elle me rendait simplement capable de résoudre ce que Kuhn appelle des puzzles, des casse-tête, des problèmes « normaux ».
C’est donc plus tard que j’ai vu qu’il y avait aussi là une question politique : la notion de « discipline » est liée à la structuration des communautés scientifiques. Sans doute les rend-elles efficaces et productives ; mais elle les empêche de penser, et de prendre du recul, elle les voue à la compétition et au refus de tout ce qui pourrait « faire perdre du temps ». Et puis de proche en proche, j’ai découvert de nouvelles questions, et rencontré des gens qui peuvent faire passer de la déception à l’intérêt, faire d’une déception une nouvelle prise qui permet de donner du sens..."

Un goût équivoque pour la vérité

DANS L’HOMME SANS QUALITÉ, Musil décrit le sourire dans la barbe des savants qui écoutent parler les illustres beaux esprits invités par Diotime. Sourire qui leur montait comme chatouillement le long des jambes, lesquelles ne savaient plus trop quoi faire, et finissait par échouer sur leur visage sous forme d’étonnement bienveillant. Chez ces hommes pourtant, note Musil, grondait, comme le feu sous le chaudron, une certaine tendance au Mal, qui n’est rien de moins et rien de plus que le plaisir de tendre un crocs-enjambe aux idéaux pour les voir se casser le nez.

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