Schizoanalyse

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Dix propositions jetables sur le squizodrame

Première proposition
J’ai créé le squizodrame avec une équipe en 1973 à Buenos Aires en Argentine. La généalogie de cette proposition devrait passer sans doute par la naissance du drame selon Georges Politzer et par le sociodrame de Jacob Moreno, pionniers que nous respectons.

Deuxième proposition : un assemblage de multiplicité
Cette pratique fonctionne comme un ensemble diffus de théories, pragmatiques, stratégies, tactiques, techniques et cliniques inspirées par les différentes cartographies pratiques de l’œuvre squizoanalytique. Ma lecture squizodramatique de l’œuvre de Deleuze et Guattari est singulière, particulière, comme c’est le cas souvent pour ceux qui cartographient ce plurivers avec un esprit d’invention. Cette lecture, qui se veut productive, choisit des textes ou des fragments, omet et questionne des personnes ou des morceaux choisis. À cela s’ajoutent les idées, concepts, perceptions, intuitions, gestes, sensibilités, sensorialités, attitudes, sons, mouvements qui sont en réciproques mutations. Cette réflexion se nourrit de sources très hétéroclites, et surtout du théâtre. Des influences incontournables alimentent le squizodrame : Artaud, Alcântara, Boal, Beckett, Brecht, Bene, Kantor, Ionesco, Jarry, Pavlovsky, le Nô, le Kabuki... Dans l’œuvre de Deleuze et Guattari, nous privilégions la lecture de L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux. Nous n’écartons néanmoins aucun autre écrit de ces auteurs, notamment « Un Manifeste de moins » de Deleuze. Nous nous appuyons aussi sur l’article de Foucault « Theatrum philosophicum » et sur l’histoire de la dramaturgie comme sur les textes des théoriciens et critiques de théâtre.

L’objectif principal du squizodrame consiste à fonctionner de manière hétérogène et hétérologue, multiple, transversale, machinique et immanente, avec des ressources dramatiques expérimentées dans de nombreuses écoles de théâtre et à s’approprier (dans le bon sens du terme) différents savoirs et travaux en cours. Le squizodrame se nourrit (théoriquement et kliniquement) d’autres sources et d’autres instruments comme la musique, la danse, le chant, les arts martiaux, les massages, les techniques de respiration. Il emprunte à la vidéo, au cinéma, aux mélanges des corps, au devenir et aux rencontres… Le squizodrame s’appuie aussi de manière critique sur les voix, considérées non pas d’après leur nature signifiante propre au sujet, mais d’après leur aspect mineur. Il est important de reconnaître explicitement, surtout à un niveau technique, que le squizodrame vole littéralement des matières premières à des systèmes psychothérapeutiques déjà connus, des rituels primitifs, des scènes de cinéma, des narrations littéraires et à tous types d’événements historiques déjà survenus ou actuels...

(Suite de l’article dans la revue papier)
Une version portugaise de cet article est consultable ici : http://artigosgregorio.blogspot.fr/2008/02/dez-proposies-descartveis-ace...
Gregório F. Baremblitt est docteur de l’Université de Buenos Aires, psychiatre de formation, participant au Mouvement institutionnel international, inventeur du squizodrame inspiré par la schizoanalyse de Félix Guattari et Gilles Deleuze, et référent de divers lieux de soins ouverts en Argentine, en Uruguay et au Brésil.


Scènes squizoanalytiques en Argentine et en Uruguay

 
« Mon idéal, quand j’écris sur un auteur, ce serait de ne rien écrire qui pourrait l’affecter de tristesse, ou, s’il est mort, qui le fasse pleurer dans sa tombe : penser à l’auteur sur lequel on écrit. Penser à lui si fort qu’il ne puisse plus être un objet, et qu’on ne puisse pas non plus s’identifier à lui. Éviter la double ignominie du savant et du familier. Rapporter à cet auteur un peu de cette joie, de cette force, de cette vie amoureuse et politique, qu’il a su donner, inventer. Tant d’écrivains morts ont dû pleurer de ce qu’on écrivait sur eux » (G. Deleuze, C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977, p. 142).
Ces mots de Gilles Deleuze, consacrés à Kafka, pourraient faire office de prélude à ce petit journal de voyage où se mêleront la présentation de mon livre Félix Guattari. Los ecos del pensar – Entre filosofía, arte y clínica (Barcelona, Hakabooks, 2012) et l’évocation de rencontres avec une partie de la scène squizoanalytique et squizodramatique de Montevideo et Buenos Aires. 

Transversalités, chaosmoses et cuisines


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Du même auteur, aux JOURNÉES DE CHIMÈRES Folies, Un travail fou

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"[...] Quand on relit les textes importants du mouvement de psychothérapie institutionnelle, on peut constater que, si le nom de Félix Guattari est régulièrement cité, sa contribution est principalement retenue à deux titres : ses analyses des groupes sujets et groupes assujettis, et l’invention du concept de « transversalité ». On sait que, très tôt, la psychothérapie institutionnelle s’est penchée sur le fonctionnement des groupes au sein des institutions. En effet, la modification profonde de l’asile a eu pour présupposé la mise en place, au sein de l’institution, de multiples ateliers d’expression ou de gestion du quotidien, co-animés par des soignants et des soignés, prenant même parfois la forme juridique de l’association (les clubs). Leur trame servait alors de matrice aux dynamiques d’échange et posait les jalons d’une libre circulation des uns et des autres à l’intérieur ou à l’extérieur des lieux de soins. Chaque groupe, distinctivement, avait ses buts, ses règles propres et ses articulations à l’ensemble, dans un écheveau constamment retissé. Cette institutionnalisation d’ateliers en tous genres répond alors à un double objectif : 1° Offrir des surfaces de projection hétérogènes, adéquates au transfert dissocié de la psychose et qui étayent sa manifestation. 2° Construire un cadre propice à l’implication et l’initiative personnelle des soignants, en les délivrant aussi des contraintes hiérarchiques qui, dans l’ancien asile, définissaient étroitement leurs rôles et leurs fonctions (contrôler, contenir, surveiller). Evidemment, ce qui s’expérimente, c’est à dire cette interférence constante entre action institutionnelle et modification subjective, sera théorisée : analyse critique des facteurs de chronicité, mise en lumière des phénomènes d’ambiance pathoplastiques (aggravants  ou curatifs), exploration de ce que l’on repère comme transfert dans l’institution, études approfondies de la double aliénation sociale et psychopathologique qui cèle d’ordinaire le destin de la folie. Mais dans le grand foisonnement d’idées des années 60, le structuralisme a le vent en poupe. Un grand nombre de psychanalystes, inspirés par Lacan, vont suivre cette orientation. La tripartition structurale — psychose, névrose et perversion — s’impose comme grille de lecture clinique. L’anthropologie structurale de Lévi-Strauss semble offrir des outils à la compréhension des modalités d’échange qui régissent les sociétés fermées et donc, pourquoi pas les groupes et les institutions. La linguistique Saussurienne sert de modèle aux décryptages sémiotiques qui commencent à proliférer. Au sein du mouvement de psychothérapie institutionnelle, cette influence va infléchir les théorisations, comme en témoignent la thèse de Claude Poncin  ou le livre de François Tosquelles Structure et rééducation thérapeutique . C’est dans ce contexte que Félix Guattari va prendre position, car à ses yeux, la lecture structuraliste n’explique ni ne donne les ressorts du changement dans les institutions ou les groupes politiques, ni ne rend compte de la créativité des acteurs, soignants et soignés ou militants, qui y concourent. 

Chaosmose, une lecture collective

Extraits de l'article paru dans la revue papier

Ce numéro de Chimères fait suite à une lecture collective du livre de Félix Guattari Chaosmose, écrit en 1992 (Galilée) qui s’est déroulée d’octobre 2011 à mai 2012, à Mains-d’Oeuvres (Saint-Ouen), puis à la Maison Populaire (Montreuil).

Chaosmose est une proposition pour voir et faire les choses autrement, une invitation à la « mise en acte » processuelle d’une pensée transversale. Comment réaliser un numéro de revue comme une expérience qui s’inscrive elle-même dans une processualité créative ? Penser avec Félix Guattari n’est pas « penser sur », ni « penser comme », mais produire des pensée-faire, pensée-dire, pensée-signes: plutôt qu’une analyse textuelle, il s’agissait de solliciter chacun dans ce que cette lecture lui donne à penser ou favorise dans ses pratiques, qu’elles soient politiques ou cliniques, philosophiques ou artistiques. Ainsi au cours de six séances de cette « lecture en acte », le mélange des signes s’est joint au chevauchement des temps et des espaces. Présents ou à distance, cliniciens, philosophes, artistes, psychanalystes, écrivains, sociologue intervenants se sont imbriqués dans une transversalité esthétique associant l’idée, le corps, l’écoute et le mouvement. Se sont côtoyés quelques uns de ceux, amis, analystes, artistes, philosophes, qui ont rencontré l’homme, partagé ses idées et en poursuivent les pistes. Mais aussi ceux plus jeunes, qui expérimentent aujourd’hui, à partir de ses traces, l’hétérogénèse sémiotique de la « chaosmose » et nous font découvrir l’œuvre littéraire, théâtrale et cinématogaphique de Guattari lui-même — œuvre largement méconnue et dont nous présentons ici quelques extraits.

Cartographier l’inconscient


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Extrait de l'article paru dans la revue papier

"[...) Tout équilibre segmenté, stratifié et molaire du pouvoir peut être à tout moment bouleversé par le surgissement d’une situation révolutionnaire, qui bouleverse les cartes préexistantes, en montrant qu’un nouvel agencement était en train de ronger souterrainement un équilibre antérieur qui semblait immuable, figé et éternel (le cas du « printemps arabe », quelles qu’en soient les évolutions, en est un exemple récent). Le seul fait de commencer à tracer et à construire activement des cartes pourra amorcer des effets de mutation et de déterritorialisation : écrire ses rêves plutôt que d’écouter passivement leur interprétation, les dessiner, les mimer, pourra transformer la carte de l’inconscient.

La cartographie schizo-analytique est ainsi une pratique risquée, qui requiert une grande prudence et n’a rien à faire avec des interprétations sauvages. Il s’agirait de faire à tout moment des choix micropolitiques qui engagent l’« analyseur » et sa responsabilité dans les processus qu’il accompagne : il devra opter pour accélérer ou ralentir une mutation interne d’agencement, pour faciliter ou freiner la constitution d’un agencement collectif, explorer et expérimenter avec un inconscient en acte et en devenir, plutôt que de décalquer indéfiniment des complexes ou des interprétations préexistantes. Une cartographie, donc, qui n’exclut jamais les compromis, les retours en arrière, les avancées, les révolutions, qui n’aspire pas à contrôler et surcoder les processus inconscients mais seulement à les assister et les accompagner.

Ce qui est particulièrement intéressant à mes yeux est la façon dont l’approche des cartes et de la cartographie adoptée par Guattari (comme par Deleuze dans certains de ses textes) rencontre l’évolution actuelle des conceptions et des fonctions de la carte, que l’on perçoit de moins en moins comme une opération de simple « représentation » d’un territoire ou une présentation objective  et neutre d’un ensemble de phénomènes (ressources, démographie, groupes ethniques, etc.)

Suivant les indications données par le philosophe et épistémologue du paysage Jean-Marc Besse dans son introduction à un numéro récent des Carnets du paysage, on peut répertorier les transformations suivantes : 1. Le constat (très « machinique », au sens technique du terme) que les espaces concrets et les espaces virtuels ne cessent de s’interpénétrer dans notre expérience : GPS, Google Earth, etc.

2. L’intérêt que les artistes manifestent de plus en plus pour des opérations de cartographies et qui mettent en évidence la dimension esthétique, créatrice, imaginaire des opérations cartographiques (on connaît l’importance que Guattari attribuait au « paradigme esthétique »). [...] "

 Suite dans la revue papier. 


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