Récit

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Don Quichotte. L’échappée belle.




(Extrait de Gigi, Vincent Minnelli, tous droits réservés)

Introduction de l'article paru dans la revue papier. 

Il se peut que le pire cauchemar consiste à être pris dans les filets du rêve d’un autre. Deleuze en évoquait l’éventualité, à propos du cinéma de Minelli. C’est possible. Etre happé au sein du récit d’un autre, ce serait alors être annexé à son désir. Car au fond, on sait bien qu’on ne peut désirer qu’au sein d’un récit, les histoires d’amour sont là pour en témoigner ; et les histoires d’amour qui commencent mal sont précisément celles qui ne parviennent pas à se constituer en récit, celles en lesquelles les protagonistes désirent au sein de récits parallèles. Don Quichotte, sous ce rapport, construit son désir en référence aux histoires de chevalerie, et en cela il fait œuvre singulière, chacun étant susceptible de s’emparer de ces textes pour en faire un élément de son propre désir, selon des agencements à chaque fois propres. Sauf à penser le désir comme émergeant ex nihilo, on peut considérer que Don Quichotte, se faisant « chevalier errant », n’est pas prisonnier d’un rêve qui n’est pas le sien, mais construit bien son propre rêve, à partir des récits de chevalerie qu’il a littéralement dévorés. Cette fiction semble cependant ne pouvoir fonctionner qu’à la condition que les éléments annexés à son propre désir ne manifestent guère de velléités d’autonomie, ou plutôt que celles-ci puissent être intégrées au récit, et ainsi digérées sans mettre en déroute cet univers. Mais après tout, l’amoureux lui-même ne réalise-t-il pas continûment de tels arrangements avec ce qu’on appellerait le monde extérieur, et qui pour lui est tombé dans cette indistinction intérieur / extérieur à laquelle on donne parfois le nom de folie, ou plus exactement de mélancolie (et qui serait le signe même par lequel on reconnaîtrait en l’œuvre de Cervantès le premier roman moderne) ? Sans doute, mais les aventures de notre « ingénieux hidalgo » sont malgré tout bien loin de réduire l’ensemble des personnages intervenant dans l’action à de simples ombres, à commencer par le fidèle Sancho, dont le propre désir se mêle intimement à celui du chevalier, sans pour autant se confondre avec lui. En ce cas, le pire cauchemar ne serait-il pas plutôt d’être sans possibilités de récit ?

Le joueur débutant de Stick Chapman et le chat pianiste

Début de l'article paru dans la revue papier

 « Initialement professeur de piano pour chats, je décidai un beau jour et sans crier gare de me mettre à un autre  instrument.

Lassé de revenir à la maison et d'entendre mon chat faire ses gammes, je finis un jour par me raisonner en me disant que l'instrument "Stick Chapman" étant enfermé dans une boîte scellée, le furtif et rusé animal n'y aurait pas accès. C’était une guitare à douze cordes que l’on jouait en frappant délicatement les cordes avec les doigts. Cet instrument était très peu répandu : fabriqué artisanalement quelque part dans les faubourgs de Los Angeles, son fabricant et concepteur, Emmet Chapman, n’avait pas dû en vendre plus de six mille depuis les trente dernières années qu’il avait déposé un brevet [...] »

Antifiction

 

Fragment de l'article paru dans la revue papier

« Un jour je prends le train ! Je m’assois sur mon siège et je m’endors ! Et soudain l’autre à côté de moi qui me réveille ! Et qui soudain me parle de Thèbes ! La peste dans la cité ! Les voies coupées ! Le courant coupé ! Le train attaqué ! En effet je vois du bruit ! J’entends du feu ! Des pneus enflammés dégagent une fumée noire ! Personne ne sait combien ils sont dehors ! Bientôt la nuit tombe ! Le wagon est toujours bloqué ! La colère monte ! Les enfants braillent ! Les oreilles cassent ! Les parents crient suffit ! Tous ces cris ! Toutes ces insultes ! Tous ces soupirs ! Tous ces ventres qui gargouillent ! On sort les sandwichs ! Les pshitt en boîte ! Les oranges ! Ah les odeurs ! Les odeurs de moutarde et de fromage ! Le pire c'est l'œuf dur ! Rien qui pue davantage ! On secoue les miettes ! On sort les mots croisés ! On tue le temps ! Dehors on aperçoit quelques brasiers ! C'est quand même pas l'apocalypse ! Pas la fin des abricots ! Et l'autre pomme qui vient me parler de Thèbes ! La peste dans la cité ! Il s’insurge ! Il colère ! Se prend la tête ! Me prend à témoin ! Me dit gnan gnan gnan ! Alors je lui dis gnan gnan gnan ! Alors il me dit gnan gnan gnan ! Alors je lui dis gnan gnan gnan ! Etc. ! Alors je me dis mon Dieu ! Alors je ne dis plus rien ! Alors je me tais et je pleure ! Toujours je pleure ! Je pleure et je me lève et je sors ! Je sors et je descends sur les voies ! Et là tout est allumé ! Tout est en train de flamber ! Alors je me dis : comme c’est beau ! Alors je me dis : comme c’est gai ! Alors je me dis : joie joie joie ! Alors je m’excite ! Alors je m’entends dire répéter réciter citer : non seulement tout est permis ! Non seulement tout reprendre à la base ! Non seulement tout reprendre à la base mais du passé faire table rase ! [...] »

Mails machiniques

 

« De : n@pobox.com
Objet : etc
Date : 4 avril 2007 01:58:24 HAEC
À : revuechimeres

Idée du soir :
Quand on arrête de fantasmer tout le temps le futur que l'on n'agit pas, le problème se réduit nettement, on n'est plus que confronté au moment présent, on est bien obligé de se démerder sur l'instant.
Je repense à ces lignes parlant de personnages de dessins animés qui restent suspendus en l'air par leur inertie  ; je pense beaucoup en ce moment à cet espèce de fond de l'univers, de matière noire qui maintient les planètes et les étoiles en l'air dans le vide, et je pense à la narration : d'une certaine manière on se narre (qu'est-ce qu'on s'narre :)), on est dans le continu, dans le vide (les possibles, en fait) ; c'est pas pour rien que la musique nous touche, c'est un flux qui nous porte.
La continuité de la musique pendant le silence, c'est le soulagement de n'être plus confronté aux possibles de ce vide sidéral, le flux de la pensée fait, autant que possible, de même.

hum :) [...] »

(Fragment de l'article complet paru dans la revue papier)

Anti-mythe / L’humanité encore

Fragment de l'article paru dans la revu papier

« Ça n’a pas toujours été comme ça. Ça n’a pas non plus commencé un jour. Il n’y a pas eu d’aube. Cela a changé sans arrêt. Cela peut encore changer. Cela change. Il y a eu des moments, sans doute, des temps. Mais pas nécessairement dans une continuité où chaque moment induit le suivant. Il peut y avoir des solutions diverses dans des moments qui reviennent.

Là (ou là), quelqu’un s’est mis debout, il regarde autour de lui, il parle, il se sert de ses mains. C’est très commode, les mains libres. Pour prendre les choses, pour en fabriquer. Avec les mains, on peut aussi caresser. Et puis, on peut peindre. A regarder autour de lui, il est parfois saisi par le questionnement du monde qui l’entoure, peuplé d’autres animaux, qui sont encore à quatre pattes, qui ne regardent pas autour d’eux, qui ne peignent pas, qui ne caressent pas. Parfois, le tonnerre l’effraie, ou les vagues immenses sur la mer. Y a-t-il un autre animal à l’origine de ces prodiges ? Un animal plus grand, plus fort ? Peint-il ? Caresse-t-il ? Est-il mauvais, quand il gronde dans le ciel ? Est-il doux, quand il envoie la pluie clémente qui fait germer les graines et le soleil qui réchauffe la terre ? A-t-il le visage d’un animal ? Le cochon, le mouflon, le bison ? Ou bien a-t-il des ailes, comme les oiseaux ? Est-il en colère quand il envoie la foudre ? Y aurait-il quelque chose qui expliquerait ces accidents ? Quelque chose que j’aurais fait et qui n’aurait pas plu ? [...] »

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