Expressions de la folie

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« L’ENFER ME MENT – Quelle hospitalité pour la folie ? »

Les (nouveaux)  Cahiers pour la folie annoncent leur premier numéro  :

 « L’ENFER ME MENT –
Quelle hospitalité pour la folie ?»

Voir également sur MEDIAPART : http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/130210/les-nouveaux-cahiers-pour-la-folie

Le premier numéro paraîtra en ligne d’ici l’été 2010. Des textes peuvent d’ores et déjà être proposés à l’adresse suivante : Cahiers.folie@yahoo.fr

La mode serait plutôt de croire au paradis. Aux para-dits : aux dits qui se posent de côté et qui s’annoncent légers, quasi- aériens. Qui participent de la langue des esprits, des anges, ou pourquoi pas des bêtes – en tout cas pas de la langue humaine. La mode, il n’est pas nécessaire d’avoir l’ouïe fine pour l’entendre pépier dans les bus et dans le poste T.V. Et cependant plus d’un y échappe. Direction : vers le plus incertain ! Là où ça parle langue humaine, là où ça dévisse autour des mots, là où ça vire – imperceptiblement ou très perceptiblement – de l’usage de la langue à l’expérience de la folie. Plus d’un qui y vient et qui, envers et contre tout, y revient.

Quand avons-nous, pour la première fois, franchi frontière de folie ? Tout dépend, tergiversera-t-on, de qui dit « je » et de ce qui est entendu par « folie ». Billevesées. Tout un chacun a franchi la frontière un nombre incalculable de fois.
- Moi, c’était en rêve. Lors de mon premier stage d’interne, je me suis vu enfermé, soumis de force aux injections, à tambouriner sans réponse contre la porte close.
- Moi, c’était en vrai. Ils m’ont tenue à plusieurs pour m’attacher au lit. Un des infirmiers, croisant mon regard, a quelque peu desserré son étreinte. Je me souviens du supplément d’espace créé par notre échange de regards.
- Moi, c’est chaque fois que je parle. Les loups prêts à bondir, les mots des autres sur mes pauvres mots à les déchiqueter sans merci.
- Moi, c’est chaque fois que j’écris. Enfoncement ininterrompu dans le trou sombre qui s’élargit entre deux mots quelconques.
- Moi, c’est…
- Et moi…

Art et Folie

JEAN DUBUFFET AVAIT QUALIFIÉ D’« ART BRUT » une période historiquement datée de la production plastique des malades mentaux internés dans les hôpitaux psychiatriques. Période approximativement clôturée par l’invention des « tranquillisants » au milieu des années cinquante. Indépendamment du jugement que l’on pourrait porter sur cette façon de circonscrire un courant d’expression artistique, il faut bien admettre que beaucoup de choses changèrent, par la suite, dans le domaine de la psychiatrie et de ce qu’il est convenu d’appeler « l’hygiène mentale ». Les H. P. furent relativement humanisés ; leurs portes s’entrouvrirent et la psychiatrie devait tenter, avec plus ou moins de bonheur, de s’implanter dans la cité.
De leur côté, l’art et la culture, sous leurs formes quelquefois les plus contemporaines, telles que la photo, le cinéma, la vidéo, firent une timide entrée dans le monde des institutions psychiatriques, voire même dans les traitements. De tout cela il résulte qu’aujourd’hui il ne paraît plus tout à fait fondé de séparer les productions faites au sein des institutions psychiatriques et celles des artistes et des amateurs ordinaires, je veux dire sans qualité psychopathologique attestée ! Et peut-être même que l’Art et la Folie, ou plutôt les folies, car elles sont nombreuses et relèvent de « genres » bien différents, sont appelés à traverser, plus qu’à n’importe quelle autre période, de secrètes zones d’affinités, qu’il leur appartient de transformer en entreprises d’explicite complicité.

Processus de création

« VOICI QUELQUES EXTRAITS d’une discussion publique, à Tours, le 14 février 1987, lors de la semaine du cinéma…
Ces quelques réponses, dans un débat public, ne sont que de brèves remarques. Il faudrait, bien sûr, les développer. Mais est-ce bien le lieu, le moment de le faire ? Reprendre quelques points, ouvrir un peu plus quelques fenêtres sur un site toujours à questionner, toujours à déblayer, à débarrasser des scories d’idéologies lourdes, faussement naïves, lourdes d’habitudes ancestrales entretenues.
« L’émergence » ne devrait être que la manifestation du paraître d’un retrait : l’« élan retenu », dont parle Francis Ponge à propos des herbes de sa « Fabrique du pré ». Aller là où se passe quelque chose qui ne soit pas morne répétition, dans le pur « rassemblement » du rythme. Matériau le plus « matériel » qui soit, ce avec quoi on doit compter pour ne pas glisser vers des constructions intellectualistes, grumeaux d’aliénation sordide qui pavent le discours moderne.
Il s’agit ici d’un « commerce », dans tous les sens du terme : Umgang, comme le dit Viktor Von Weizsacker, où un va-et-vient maintient le rythme de « l’homme qui marche » de Giacometti, évoqué quelque peu dans ces réponses. Garder les pieds au sol afin de s’accorder avec ce qu’on nomme le « pathique » ; « lieu par excellence », comme nous le disait une jeune schizophrène encore toute surprise de son bouleversement existentiel. Tout est encore à dire, même dans un silence entendu. Peut-on encore créer le sentier du sens ? Il s’agit en effet de création, de rythme, de mise en forme, « d’enforme », comme le disait Lacan. [...] »

Fragment de l'article complet (voir PDF)

Les mots et Nijinsky

C’était comme si quelque chose avait tenté de me lacérer l’âme, sans y réussir.

Tolstoï, Journal d’un Fou.

1.

Vie, mort, sentiments. Le journal que Nijinsky a écrit, en pleine migration vers le « pays de la folie », se compose de trois chapitres portant ces titres. Comme si rien n’était important pour lui en dehors de ces trois thèmes. Dans son journal sont bien sûr gravées avec netteté les tranches d’univers variées qu’il a traversées en qualité de danseur unique au monde, en qualité aussi de danseur dépossédé de sa danse par la guerre et la politique. Mais ces tranches d’univers composent, comme autant de fragments flottants, l’univers du journal, pour converger finalement vers la vie, la mort, les sentiments. La vie, la mort, les sentiments sont les seules unités, les seuls sujets de sa pensée. Il dit écrire ce journal pour expliquer ce qu’est le « sentiment ». Le sentiment est principe de vie en tant qu’il constitue la différence entre la vie et la mort, c’est l’équivalent de l’affect spinozien. Écrire est toujours un acte adressé au sentiment. « Comprenez que quand j’écris, je ne pense pas. – Je sens. »

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