Laurette Brunius

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Autopsy

« L’ANESTHÉSISTE A COMPTÉ JUSQU’À DIX et a reposé mon bras sur la planchette. En réalité, je ne crois pas à l’anesthésie, mais c’est difficile à dire comme ça, de but en blanc, à des gens que je connais à peine et dont c’est précisément le métier. Mon opinion ne les intéresse sans doute pas. Et puis il est bon de respecter les conventions. Je n’ai donc rien dit. On verrait plus tard.
Ils ont badigeonné mon ventre, mon cher ventre, oui, mon ventre à moi. Mon ventre doux, mon ventre blond… Excusez-moi, je m’égare. Ils ont donc badigeonné mon ventre avec du jaune-caca. Au soleil, peut-être, ou à la lumière d’un feu de bois, ce ne serait sans doute pas si laid, mais dans la lumière crue, livide, du scialitique, c’est horrible ; un peu comme la figure qu’on aperçoit en se regardant dans la glace à deux heures du matin dans un café éclairé au néon [...] »

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La disette

« PERSONNE N’AVAIT VU VENIR LE TEMPS DE LA PÉNURIE. L’époque était à l’insouciance. Les plus pessimistes croyaient à une inépuisable richesse, à un océan sans bornes, à une source éternelle à laquelle on pouvait puiser sans scrupules et sans retenue. À vrai dire l’idée n’avait effleuré personne que la manne pouvait se tarir, que le puits avait un fond, que le trésor était menacé d’exhaustion, que le fleuve pouvait un jour s’assécher.
Tout avait commencé par une légère inquiétude quand les mots m’avaient manqué pour dire quelque chose de très ordinaire. C’était au terme d’une journée bien remplie et j’avais mis cette légère défaillance sur le compte de la fatigue, normale à cette heure du jour. Rien qui méritât de s’affoler. La chose s’était reproduite à plusieurs reprises, de loin en loin, sous la forme de petits trébuchements, d’hésitations, de trous tout à fait passagers, et qui m’avaient tout au plus fait envisager de prendre quelques jours de vacances. Pas de quoi fouetter un chat. [...] »

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