N°3, Automne 1987

Processus de création

« VOICI QUELQUES EXTRAITS d’une discussion publique, à Tours, le 14 février 1987, lors de la semaine du cinéma…
Ces quelques réponses, dans un débat public, ne sont que de brèves remarques. Il faudrait, bien sûr, les développer. Mais est-ce bien le lieu, le moment de le faire ? Reprendre quelques points, ouvrir un peu plus quelques fenêtres sur un site toujours à questionner, toujours à déblayer, à débarrasser des scories d’idéologies lourdes, faussement naïves, lourdes d’habitudes ancestrales entretenues.
« L’émergence » ne devrait être que la manifestation du paraître d’un retrait : l’« élan retenu », dont parle Francis Ponge à propos des herbes de sa « Fabrique du pré ». Aller là où se passe quelque chose qui ne soit pas morne répétition, dans le pur « rassemblement » du rythme. Matériau le plus « matériel » qui soit, ce avec quoi on doit compter pour ne pas glisser vers des constructions intellectualistes, grumeaux d’aliénation sordide qui pavent le discours moderne.
Il s’agit ici d’un « commerce », dans tous les sens du terme : Umgang, comme le dit Viktor Von Weizsacker, où un va-et-vient maintient le rythme de « l’homme qui marche » de Giacometti, évoqué quelque peu dans ces réponses. Garder les pieds au sol afin de s’accorder avec ce qu’on nomme le « pathique » ; « lieu par excellence », comme nous le disait une jeune schizophrène encore toute surprise de son bouleversement existentiel. Tout est encore à dire, même dans un silence entendu. Peut-on encore créer le sentier du sens ? Il s’agit en effet de création, de rythme, de mise en forme, « d’enforme », comme le disait Lacan. [...] »

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Mille et un morceaux

« Ces dernières semaines, j’ai terminé les tableaux de cette série commencée en septembre — 70 toiles au total — tout en réfléchissant à ce que signifient pour moi ces peintures où « il n’y a presque rien » pour reprendre l’expression de Fromanger. Je dirais que ce « presque rien » est un « rien-libéré ». Un peu comme ces blancs du langage qui le rythment, l’interrompent, de ces accidents, ces lapsus, ces actes manqués, que j’ai tant de mal à assumer, à oser faire.
Parce que l’expérience de cette peinture — qui penche, me semble-t-il, du côté d’une certaine minimalité — est d’abord à la fois jouissance et douleur : excitation de faire, d’envisager des propositions, puis douleur au fur et à mesure qu’on les réalise car on s’apercoit qu’on est atteint de cécité, qu’on n’a pas grand-chose à dire, qu’on a du mal à regarder, voir, percevoir et concevoir d’une autre manière : avec et sans l’aide de nos bâtonnets et cônes. [...] »

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L'œstrus (entretien avec Félix Guattari)

« Matta — L’idée que nous allons évoquer consiste à redéfinir la signification du mot Art. Selon moi, ce serait une extrême conscience des choses. Par exemple, quand tu regardes une pierre, ce n’est pas l’appellation P.I.E.R.R.E. qui s’impose, mais une espèce d’éruption de la terre, depuis l’époque où la terre était en feu. Tant que l’on n’a pas une charge énorme de conscience sur la chose, on ne peut parler d’Art. Ce serait cette conscience lucide qui déterminerait le poids du monde. Nous avons aujourd’hui une attitude de complaisance qui tient au rapport de la forme, à son utilité presque domestique, un peu comme une décoration. Nous avons besoin de retrouver et redonner cette intensité pour tenter de reconcevoir « où » nous nous trouvons. Pour l’instant, nous n’avons pas de mots, nous sommes totalement démunis. Par exemple, quand on considère les débats qui ont lieu à l’Assemblée Nationale, on voit qu’ils ne s’établissent que sur des données, des statistiques impossibles à confirmer. La discussion se déroule uniquement entre mots et chiffres. Terrible Babel se masquant derrière un art de plus en plus identifié au design. Si l’on commence à changer le sens des mots afin qu’ils veuillent dire quelque chose par rapport à la conscience, il faut également approfondir, visualiser l’instrument, l’organe, l’espace que l’on emploie par rapport à la conscience. La conscience serait quelque chose de comparable à l’optique. On est plus ou moins conscient face à n’importe quel nouveau savoir.

Sous une jupe de velours noir

« FÉLIX GUATTARI M’A DEMANDÉ DE DÉCRIRE ce qui fondait pour moi l’activité théâtrale.
En quoi cette activité s’entendait pour mon propre compte comme la mise en rituel d’une certaine sujectivité. Comme processus de singularisation. Quels me semblaient en être les moteurs, les enjeux. D’évoquer en somme ce qu’il nomme les « agencements d’énonciation » singuliers où s’origine selon moi la pratique théâtrale. Je préciserai d’emblée qu’il m’a été demandé de m’exprimer ici « avec mon coeur », bien davantage que sous couvert d’un affublement conceptuel dont vous ne tarderiez pas à sentir les limites dans la bouche de quelqu’un dont la seule ambition est somme toute de faire une honnête carrière de ravi du village. J’ai écrit à ce jour une douzaine de pièces de théâtre. La plupart d’entre elles ont été jouées, traduites.
J’effectue actuellement ma deuxième mise en scène. C’est là tout mon bagage. Les quelques opinions qui vont suivre se fondent d’une rêverie sur cette pratique. Elle n’ont pas d’autres prétentions que celles d’un envoyé spécial de l’autre côté du quatrième mur. À vous de me dire par la suite ce qu’il faut entendre à tout ce fatras. Et si même on peut y entendre quelque chose. [...] »

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Pierre Halbwachs

« IL EST DIFFICILE D’ESQUISSER en quelques lignes un portrait de Pierre Halbawchs. Limpidité et cohérence dans la capacité de se renouveler sont les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense à lui. Militant de toujours et jusqu’au bout, il était dénué de toute intolérance, dogmatisme, de toute rhétorique ou d’opportunisme. Intellectuel atypique, il n’avait pas l’obsession de laisser des livres comme trace de son passage au monde. Constamment présent dans le débat public, sa réserve et sa discrétion lui faisaient fuir le vedettariat. [...] »

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