N°79, Chaosmose 2

Chaosmose 2, Temps pluriels

Couverture : Carolina Saquel
MISE EN LIGNE DU NUMERO EN COURS

Pascale Criton, Anne Sauvagnargues , Temps pluriels
Félix Guattari, Entretien sur la musique
Félix Guattari, L’hétérogénèse dans la création musicale
Georges Aperghis, Organiser le chaos
Anne Sauvagnargues, Ritournelles de temps

ARTS / PROCESSUS
Peter Pãl Pelbart, Olivier Apprill, Dérive
Pascale Criton, Deborah Walker, Chaoscaccia
Thierry Madiot, Ce déséquilibre, qui fait que brusquement
Alexis Forestier , Théâtre en morceau
Cécile Duval , Que le son perce l’espace

CLINIQUE
Jean Oury, Danielle Sivadon, Constellations
Maël Guesdon, D’une répétition l’autre. La ritournelle dans « Monographie sur R. A. »
Félix Guattari , Le sujet, la coupure, l’histoire

POLITIQUE / COLLECTIFS
Pussy Riot, La colère qui m’habite est politique
Angeliki Tomprou, Nos craintes et leurs craintes
Guattari Group NY, À propos d’Occupy Wall Street

TERRAIN
Julien, Hey ! L’art en train de se faire
Anne Querrien, Chimères urbaines et campagnes
Olivier Querouil, Etre en prise sur les institutions

FICTIONS
Bruno Heuzé, Esquisse d’un concerto pour la main gauche
Georges Comtesse, Je créatique

LU, VU, ENTENDU
Jean-Claude Polack Sur le livre de Radmila Zygouris L’ordinaire, symptôme

Temps pluriels

CE NUMÉRO DE Chimères donne voix aux lectures collectives autour de Félix Guattari qui se sont déroulées d’octobre 2012 à avril 2013 à la Maison Populaire de Montreuil, et faisaient suite à une première série de lectures, présentées l’année dernière dans le n° 77, de Chimères, Chaosmose, penser avec Félix Guattari1. Ces lectures sont placées sous le signe des temps pluriels : celui de notre actualité tendue, années d’hiver actuelles qui font écho à celles dont parlait Guattari dans la décennie des années quatre-vingt et qui sont traversées par les éclats, sursauts, tentatives et colères qui nous incitent à prendre Guattari comme un plongeoir ou un ressort, pour secouer le manteau de démoralisation collective qu’on ressent un peu partout en Europe. Temps pluriels, dont cette syncope entre des textes déjà anciens, qui n’ont pas épuisé leur potentiel, nous donne envie collectivement de mettre les textes de Guattari en percolation avec nos affects, nos pratiques, nos bricolages. Loin de nous tourner vers le passé, de sanctuariser ses propositions ni prétendre les figer en en fixant la ligne, notre désir est de provoquer de légers tremblements de pratiques, d’essayer à plusieurs, avec ceux qui ne sont pas spécialement lecteurs ou familiers de Guattari, mais dont les pratiques nous semblent proches, et d’autres, pour qui ces pages ont valeur prospective, entrecroisant des aventures de jeunesse, des bribes d’avenir tapies dans le passé, des incertitudes et des résolutions actuelles, de nous tenir dans cette chaosmose polyphonique, ces temps pluriels.
Chaque mois, nous avons donné rendez-vous au public autour de thèmes extraits de Chaosmose (1992) que nous avons doublés, comme d’une membrane sensible, de passages de L’Inconscient machinique (1979), en rehaussant certaines formules de Chaosmose avec ces énonciations plus anciennes, sorte de jeu de pistes à l’envers, pour voir ce qui se dégagerait, à la condition de mettre en confrontation ces accents théoriques avec d’autres expressions, affectives et non conceptuelles. Ce dispositif nommé pour l’occasion philoperformance cherche à rapprocher et faire prendre consistance ensemble des expressions habituellement cloisonnées, celles de la musique, du texte lu poétiquement, de la voix portée jusqu’au chant et au cri, avec des énoncés théoriques ou simplement des paroles, des constats, des questions ou des expériences. Confronter la tension discursive des énoncés aux provocations désopilantes des performances, imbriquer les interventions aux improvisations, mêler prises de parole et événements, tenter l’humour et une certaine légèreté, au lieu d’arpenter gravement un musée de papier, cordelette d’arpenteur à la main, pour mettre en tension pensées, affects et pratiques, et provoquer peut-être avec ces approches sensibles, d’angles et de niveaux différents – performances artistiques, théoriques, singulières – un décentrement des points. Un certain nombre des contributions que nous publions dans ce numéro résulte de ces rencontres, échanges après-coup, propos tenus en direct ou recueillis dans la foulée.

D’une répétition l’autre. La ritournelle dans « Monographie sur R. A. »

Kafka, Journal (Tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la définition que, dans Les années d’hiver, Guattari donne de la poésie comme « élément fonctionnel » et la recommandation qui en découle : « On devrait prescrire la poésie comme les vitamines : “ Attention mon vieux, à votre âge, si vous ne prenez pas de poésie, ça va pas aller… ” ». Composantes et vecteurs de transformation concrète de l’existence, les matériaux sensibles proposés par l’art ne sont pas de simples prétextes ou illustrations de l’analyse ; à l’instar de la petite phrase de Vinteuil chez Proust, ils fonctionnent comme de véritables déclencheurs agissant à tous les niveaux de la subjectivation.

De même, apparaissant dans « Monographie sur R. A. », la première occurrence de la ritournelle dans l’oeuvre de Guattari souligne l’ancrage psychothérapeutique du concept : en désignant une répétition presque automatique de phrases hostiles qui « coupe » R. A. « de tout le monde », elle participe d’une problématique clinique. Comment transformer un usage de la répétition qui sépare et enferme, un ressassement stérile qui bloque toute relation en dynamique de « restructuration symbolique » ? Comment faire muter la stéréotypie qui, formant un voile immuable inhibant les processus, empêche de saisir en mouvement son corps, sa voix, le langage et les autres ? Le souci de développer un usage ouvert de la répétition avec en vue simultanément le saisissement de soi et la sortie du rapport duel opposant le thérapeute au malade est permanent dans les dispositifs thérapeutiques élaborés par Guattari, que ce soit par le décalage temporel de l’enregistrement, par le motif exogène de la copie ou par les lectures différentes du journal rédigé par R. A."

(Suite de l'article dans la revue papier)

Doctorant en sciences sociales et esthétique, Maël Guesdon travaille sur le concept de ritournelle chez Deleuze et Guattari. Allocataire-moniteur du Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (EHESS), il est membre du comité de rédaction de la revue Transposition (musique et sciences sociales) et participe à l’ANR « Musimorphose » (CAPHI, LINA, CRAL) : http://cral.ehess.fr/index.php?1099

L’hétérogenèse dans la création musicale

(Georges Aperghis, Récitations n°11, tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

Cet article est un extrait d’une conversation entre Félix Guattari, Georges Aperghis et Antoine Gindt, réalisée le 22 décembre 1991 pour l’ATEM (Atelier théâtre et musique), au Théâtre des Amandiers de Nanterre. © Bruno, Emmanuelle, Stephen Guattari, Fonds IMEC.

"L’appréhension du monde, ce que j’appelle la constitution d’un Territoire existentiel, correspond dans la polyphonie existentielle à une sorte de basse continue, c’est-à-dire une base chaosmique sur laquelle vont, comme dans un motet, se construire les différentes lignes. Autrement dit, le déploiement d’un univers musical est, pour moi, toujours doublé d’une appréhension chaosmique qui constitue un territoire existentiel auquel l’auditeur viendra s’agglomérer d’une manière pathique, c’est-à-dire indépendamment du fait qu’il a un rapport cognitif à la musique, une mémoire, une connaissance. Il y a un phénomène de fusion chaosmique par rapport auquel, non seulement les formes, mais aussi le rapport de l’un à l’autre, le rapport d’altérité se dissolvent.

Aperghis a certainement acquis la liberté de se placer sur le fil de l’acrobate, de risquer la chute. Mais à la différence de certains autres, il sait que quand l’acrobate tombe, il ne tombe pas dans le vide, il tombe sur d’autres fils, auquel cas il peut sauter, d’autant plus ! Le danger, on peut le négocier, on peut jouer avec, le mettre en horizon, en faire un point de ligne de fuite.

Il est toujours là, il réémerge sans cesse, à toute occasion, à chaque fois que sont introduits des éléments d’irruption, non pas pour créer des points de rupture avec la chaîne de complexité formelle, mais pour amener d’autres matières d’expression."

(Suite dans la revue papier)

Ritournelles de temps

(Tous droits réservés)

Extrait de l'article paru dans la revue papier

"La bioesthétique spatiotemporelle des ritournelles nous permet donc de penser le temps dans les ritournelles capitalistiques comme uniformisation (cadence), mais aussi extrême étanchéité des biotopes sociaux : le caractère social de la sensibilité, où le temps n’est pas une forme a priori en général, mais travaillée par des ritournelles d’appropriation, permet d’entrer en philosophie politique non sous l’angle des grandes structures (historiques) et des formes de modèles sociaux (fractures entre sociétés industrialisée et sociétés dites primitives) mais en pensant l’écologie des ces modes d’habitations par lesquels nous tricotons de l’espace et du temps, non abstraitement, mais dans les marques, les bâtis et les sentiers, les parures et les tatouages, les cris et les claquements de bec, toutes ces bulles composant par interférence, sans être mesurées sur un rythme unitaire."

(Suite dans la revue papier)
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