N°5/6, 1988

Un critère pour le baroque

« SI LE BAROQUE SE DÉFINIT PAR le pli qui va à l’infini, à quoi se reconnaît-il, au plus simple ? Il se reconnaît d’abord au modèle textile tel que le suggère la matière vêtue : il faut déjà que le tissu, le vêtement, libère ses propres plis de leur habituelle subordination au corps fini. S’il y a un costume proprement baroque, il sera large, vague, gonflant, bouillonnant, juponnant, et entourera le corps de ses plis autonomes, toujours multipliables, plus qu’il ne traduira ceux du corps : un système comme rhingrave-canons, mais aussi le pourpoint en brassière, le manteau flottant, l’énorme rabat, la chemise débordante, forment l’apport baroque par excellence au XVIIe siècle. Mais le Baroque ne se projette pas seulement dans sa propre mode. Il projette en tout temps, en tout lieu, les mille plis de vêtements qui tendent à réunir leurs porteurs respectifs, à déborder leurs attitudes, à surmonter leurs contradictions corporelles et à faire de leurs têtes autant de nageurs. On le voit en peinture où l’autonomie conquise par les plis du vêtement qui envahissent toute la surface devient un signe simple, mais sûr, d’une rupture avec l’espace de la Renaissance (Lanfranc, et déjà Rosso Fiorentino). Chez Zurbaran, le Christ se pare d’un large pagne bouffant sur le mode des rhingraves, et l’Immaculée Conception porte un immense manteau ouvert et cloqué. Et quand les plis du vêtement sortent du tableau, c’est sous la forme sublime que le Bernin leur donne en sculpture, lorsque le marbre porte et saisit à l’infini des plis qui ne s’expliquent plus par le corps mais par une aventure spirituelle capable de l’embraser. Ce n’est plus un art des structures, mais des textures, comme avec les vingt marbres que le Bernin compose [...] »

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Beauté et laideur : histoire et anthropologie de la forme humaine.

« Qu’est-ce que la « Beauté », la « Laideur » de la figure humaine, du visage humain, malgré les impossibles énoncés des premières ou dernières heures ? Quelle est la spécificité de ce spectacle, par rapport à celle d’un ciel étoilé ou bien celle de la surface d’un marbre rare ? Ou même par rapport à celui des objets « d’art », toile peinte ou rampe d’escalier ? Voilà la question autour de laquelle nous allons tourner ici. – Il faut préciser que « Beauté » et « Laideur » sont ici entendus comme dans la rue, sur la place publique, avec leurs sens trop évidents et communs de « belle femme », de « sale gueule », etc. ; nous n’étudions pas ici l’usage sophistiqué, paradoxal, et minoritaire, qui trouve « beau » une blessure sanglante, le ventre d’un poisson mort, etc., entre autres objets « sublimes » ! [...] »

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« À Budapest le jour se lève aussi »

« Ferenczi est le portrait type de l’intellectuel de « Budapest- 1900 » : vingt-sept ans, orateur brillant, tempérament révolutionnaire, issu de la bourgeoisie juive cultivée, aimant mener la belle vie, persuadé que le XXe siècle va être celui de la justice sociale et de la paix. Il a foi en la science. Il est connu, dans les milieux qu’il fréquente, comme un médecin aux idées « avancées », qui publie régulièrement dans la revue Thérapeutique. Dans ses articles en effet, il malmène l’orthodoxie du savoir, critique les théories en cours, se plaint du conservatisme universitaire, même si la science fait alors partie de l’avant-garde dans le monde des idées. Pourquoi, demande-t-il par exemple, n’y parle-t-on jamais de l’amour alors que l’amour est depuis des siècles l’inépuisable matière première de la littérature ? On voit s’annoncer dans un tel questionnement, les travaux de Freud qui sont dans l’air du temps, et dont Ferenczi raconte plus tard avoir lu deux articles qui ne l’avaient pas convaincu, et qu’il s’était empressé d’« oublier » [...] »

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Identités en pièces

« LE JEU DE MOTS veut ici nous concerner. Chacun de nous doit posséder toute une série de papiers définissant autant d’identités différentes. Nous sommes fabriqués de toutes pièces. Ces papiers, ces justificatifs sont les témoignages d’inscriptions obligatoires, sous peine d exclusion.
Laissons de côté ces inscriptions premières de l’État Civil où s’enregistrent les naissances, les mariages, les décès. Bien d’autres se sont imposées comme corollaires du développementd’une écriture administrative[...] »

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Peaux de Peuls

« Se fixer un but, agencer un transit, s’adonner à un lieu, se donner un nouveau nom ou le même nom d’ailleurs. Tant d’usages même du nom propre même. Et peut-être moins de prise à la simulation, à la redondance, spéculaire ou réfléchie, moins de prise à l’hystérie quand ça dérive singulièrement. Toponymies, humanisées, d’usages, déshumanisées, désertées. Ici un Mooga qui découvre dans l’évitement dont il souffre qu’il était yaralentîiga, sans le savoir installé dans une transgression qu’il n’a pas voulue, et qui ainsi coupé ne peut manquer de s’exiler ; sinon c’est la mort qui irréversiblement révèlera son destin, redistribuant le groupe en l’obligeant à faire convoyer son cadavre de limite de terroir en limite de terroir jusqu’au village de Renea où il sera non pas enterré mais abandonné « suspendu dans les arbres », parmi « ceux qu’on suspend dans les arbres » (yaralentîise).
Là les Iklan, serfs de Tamacheq, peuvent migrer, de migration pionnière ou de migration déliée. J’ai même rencontré des nomades qui font les vagabonds. Et Abidjan pouvait former un temps leur nouvelle frontière, avec aussi la carte de ses usages et de ses épuisements. Des points d’ancrage, de relances, des relais aussi ; car aussi un frère mort peut appeler à l’autre bout du pays, avec encore l’oncle chez qui je pourrais m’arrêter et me reposer. Pourquoi il est si mobile et si labile d’usages, le nomade vagabond ? Et tout ce qui file d’errances peut-il se reclore aussi aisément ? [...] »

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